lundi 7 septembre 2009

VOL I _ chpt 2



Chapitre 2 : "Avant que cette fichue planète disparaisse..."/ "Before this damn world falls apart..."



Sur le trajet qui menait à la réserve quileute, je m’interrogeai sur le sens de cette bizarre répétition des évènements. Etais-je réellement capable de prévoir à la seconde ce que la journée, ce que les semaines à venir me réservaient ? Assurément, la vision que j’avais eue ne ressemblait en aucun point à celles que pouvait avoir Alice. C’était plutôt comme… un avertissement. Un choix. Un chemin que je pouvais décider de suivre ou non, à chaque instant.
J’avais l’impression de savoir. Je savais. Et c’était vraiment une sensation insolite. Extraordinaire. Je me sentais… plus forte. Si sûre de moi et confiante. Vraiment, rien dont je n’avais pu avoir l’habitude jusqu’à présent. Il faudrait que j’en parle à Edward, que je lui raconte mon rêve dans ses moindres détails, même si certains éléments devaient lui faire horreur ou me couvrir de ridicule à ses yeux. Il fallait absolument que je voie Carlisle aussi.

Après m’être garée devant chez Billy, je frappai et pénétrai dans la maison.
« Bonjour, Billy, dis-je immédiatement, sûre qu’il se trouvait là. Je vais voir Jacob, je pense qu’il m’attend. »
L’indien hocha simplement la tête et je me dirigeai vers la chambre de mon ami.
J’hésitai cependant, avant de pousser le battant. Qu’allais-je dire ? Tout avait été écrit. Il ne me restait qu’à suivre. Je pouvais même anticiper. Ou bien je pouvais…
« Je suis réveillé, Bella. »
La voix de Jacob me parvint à travers la cloison. Il avait entendu ma camionnette, peut-être même mon souffle nerveux derrière le battant. Alors j’inspirai profondément, et me jetai à l’eau.
Jacob avait l’air… en forme ! Plus en forme que je ne m’y attendais. Sa guérison miraculeuse n’avait pris que quelques heures. J’avais tellement craint de le retrouver bardé d’attelles, couvert de cicatrices et fatigué… Seule une expression inquiète obscurcissait son visage, et elle s’effaça un peu après que je me fusse approchée de lui.
« Oh, tu vas bien !, s’exclama-t-il.
_ Mais enfin, Jake, lui répondis-je incrédule, pourquoi dis-tu ça ?
_ J’avais peur qu’il t’ait… fait du mal… à cause de moi.
_ Tu parles d’Edward ?
_ Oui, je suppose qu’il devait être en colère.
_ Oh, Jake, murmurai-je en m’asseyant près de lui, tu n’y es pas du tout. Les choses sont beaucoup plus complexes. Tu ne sais pas ce que pense Edward, tu ne sais pas comment il pense et pourquoi il pense comme cela. Moi-même, j’ai du mal à saisir, mais je crois que je commence à…
_ Il ne t’en veut pas ?
_ Non. Il… ne souhaite que mon bonheur. Son attitude est si… généreuse, si noble ! Il m’a dit que j’étais… humaine, qu’il est conscient qu’il y a des vides dans mon existence… qu’il ne peut pas combler et… »
Jacob ne répondit rien. Ses yeux s’obscurcirent et son regard alla se perdre loin, quelque part au fond de lui-même.

Je le regardai. J’étais si heureuse qu’il soit en vie ! J’avais envie de passer mes bras autour de son cou et de le serrer fort pour lui montrer que je tenais à lui, vraiment. J’avais envie de lui dire que je ne valais pas qu’il risque sa vie pour moi.
Soudain, un éclair ranima ses pupilles.
« Je m’en doutais, dit-il presque avec satisfaction. Un vampire… n’a rien d’humain. Il ne te donnera pas ce qui peut te faire envie aujourd’hui et il ne pourra t’aimer vraiment que lorsque tu seras comme lui, n’est-ce pas ?
_ Mais je vais devenir comme lui, Jake.
_ Et tu vas renoncer à tout pour cela ? A tout ce que ta vie d’humaine pourrait t’apporter de bonheurs… Tu sais qu’il y a des choses que tu n’auras jamais si tu te changes en vampire, Bella ? Et as-tu bien conscience de ce que tu vas vraiment devenir ?
_ J’ai toujours voulu être avec lui, Jacob. Dès que je l’ai rencontré. Il faut que je fasse le nécessaire…
_ Non mais tu entends ce que tu racontes ?, s’énerva-t-il soudain, le nécessaire ?... »
Sa main vint saisir mon bras et il me secoua légèrement. Je compris qu’il s’était obligé à ne pas le faire plus fort, même s’il devait en ressentir l'envie.
« Enfin, Bella, reprit-il, tu es une jeune femme. Tu es belle. Tu as besoin de VIVRE ! Tu as besoin de chaleur (sa main lâcha mon bras et vint se poser sur mon cou -elle était si chaude !), tu as besoin de… (je baissai les yeux, je ne pouvais pas le regarder, alors sa main glissa sur ma joue et il releva mon visage pour m’obliger à lui faire face) quelqu’un qui t’aime… qui t’aime vraiment, Bella…
_ Edward m’aime !, ripostai-je en reculant, son attitude le prouve parfaitement…
_ Il t’aime comme… on peut raffoler d’un met délicat… Est-ce que tu réalises cela ? Et il te pousse à désirer ta propre mort ! Son attitude tellement compréhensive te culpabilise au point que tu en arrives à renoncer à tes moindres désirs. Vraiment, il est très fort ! Mais tu penses que c’est la meilleure façon d’aimer quelqu’un, franchement ?
_ Il ne veut pas que je meure, il ne cesse de le répéter…
_ Alors, vis, Bella, vis pour lui… vis pour ta famille… vis pour moi. »

Les paroles de Jacob me remuèrent profondément. Elle n’étaient pas celles auxquelles je m’étais attendue. Je ne savais plus que dire.
Sa main glissa dans ma nuque, son regard sondait mes pupilles à la recherche d’une vérité que je ne pouvais lui donner.
« Tu m’a embrassé, affirma-t-il. Tu m’as vraiment embrassé…
_ Tu m’as fait du chantage, objectai-je sans grande conviction, je ne voulais pas que tu te laisses tuer.
_ Bon, sang !, s’étrangla-t-il, pourquoi ne peux-tu pas avouer tout simplement que tu en avais envie ? Pourquoi refuses-tu de te satisfaire, d’être en accord avec toi-même. Tu ne seras jamais heureuse si tu ne le fais pas. Tu dois savoir que c’est uniquement pour toi que j’ai survécu, Bella. C’est pour toi que je suis encore là aujourd’hui. »
Sa détresse était palpable, j’en étais profondément émue, comme toujours. Si je ne m’écartais pas immédiatement, je sentais que Jacob allait encore m’embrasser et que je ne pourrais pas résister à ce baiser.
Aussi, je me relevai, prête à partir, quand un vertige me prit au dépourvu. J’aurais dû manger avant de venir. Jacob me retint.
« Eh, Bella, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
_ Pas mangé, ça va passer. »
Il m’attira contre lui.
J’étais toute molle, je me laissai faire, je ne pouvais rien faire d’autre.
« Je ne me sens pas bien, Jacob, je ne sais plus trop où j’en suis… J’ai l’impression que je me fissure de l’intérieur, je n’en peux plus et… je crois que je vais me mettre à pleurer.
_ Pas de problème. Les fille qui pleurent, ça me connaît », plaisanta-t-il.
Je ris. Même au plus fort de mes malaises, Jacob arrivait à me redonner un peu de joie.
« Tu es un vrai soleil, Jake, soufflai-je au bout d’un moment. Tu me réchauffes sans cesse le cœur et l’âme.
_ Apparemment, tu préfères la nuit, répondit-il un peu amer. La nuit, pas de soleil.
_ Il existe un phénomène, en été, dans les régions proches des pôles, je crois, que l’on appelle les « nuits blanches », parce que la lumière du soleil continue d’éclairer la terre, même en pleine nuit…, répondis-je dans un souffle. »
Mes propres paroles m’avaient remplie d’une sorte d’espoir. Un espoir meurtri et douloureux. Mais je voulais m’accrocher à cette idée qu’au plus profond de la nuit, de cette nuit que serait ma future vie vampirique, Jacob ne m’abandonnerait pas tout à fait.
Il continuait à me serrer contre lui. C’était suffisant, pour le moment.
Peu à peu, dans la chaleur de Jacob, je me relaxais. Son contact avait toujours cette faculté remarquable de me calmer instantanément. J’étais bien.
J’entendais son cœur battre dans sa poitrine, un peu trop rapidement peut-être, plus rapidement que ne l’aurait fait celui d’un être humain normal. Il galopait, comme un cheval. Comme un loup. Je ne voulais pas le quitter. Jamais. Il était ma terre solide, ma vie heureuse de pauvre humaine…
Au fond de moi, j’étais déchirée.

« Bella, demanda-t-il doucement au bout d’un moment, tu… tu m’aimes, n’est-ce pas ?
_ Oui, je te l’ai dit. Je t’aimerai toujours. Tu es mon âme sœur. Mon autre âme sœur…, corrigeai-je immédiatement.
_ Tu penses qu’on peut avoir deux âmes sœurs ?
_ Je ne sais pas si c’est très conventionnel, dis-je en essayant de trouver le mot amusant, mais force est de constater que c’est ce qui s’est produit pour nous. C’est une situation profondément… désespérée. Je ne la souhaite à personne. »
A nouveau, Jacob se tut.
Je pensai à Edward. A ses réticences et à son empathie. Pourquoi m’avait-il demandée en mariage ? Etait-ce réellement pour que je devienne sa femme ? Ou bien avait-il voulu me pousser à reculer l’échéance, à renoncer à ce que je lui avais demandé ? Et si Jacob avait raison… s’il ne me voulait qu’à cause du désir irrésistible que sa soif de moi provoquait ? Ce désir, c’était celui de mon sang d’humaine, un sang si particulier pour lui. Qu’en serait-il lorsque je serais vampire ?

Au bout de plusieurs longues minutes pendant lesquelles je m’étais perdue dans ces sombres pensées, Jacob posa ses mains sur mes épaules et me détacha de lui. Le fait d’être ainsi repoussée, alors que j’avais tellement besoin de cette tendre étreinte pour supporter l’angoisse qui m’accablait me fut extrêmement douloureux. Je le regardai et vis sur son visage une expression singulière, mêlée de froideur et de résignation.
« Ecoute, Bella… », dit-il enfin, et je crus percevoir une réelle émotion dans sa voix, comme s’il allait lui-même se mettre à pleurer ou comme s’il réfrénait une envie violente que je ne parvenais pas à identifier.
« Tu… dois faire tes choix, toute seule. Ils t’appartiennent. Si tu veux, je serai… sage. Je ne t’embêterai plus. »
Oh, non ! Allait-il partir, lui aussi ? Allait-il me quitter à jamais, alors qu’il était bien le seul sur qui j’avais toujours cru pouvoir compter ? Je l’avais vu dans mon rêve, loup errant, fuyant sa profonde douleur. Je l’avais vu revenir pour mon mariage… et souffrir encore, jusqu’à-ce que…
« Que veux-tu dire, Jake ?... Je t’en supplie… ne me laisse pas…
_ Je veux dire que je vais respecter tes décisions. Que je n’essaierai plus de provoquer… quoi que ce soit. Je ne te verrai plus. Je me tiendrai à distance, à moins que tu ne souhaites vraiment ma compagnie. Mais… je voudrais, je voudrais vraiment que tu me fasses une promesse. »
Dans son visage inhabituellement dur et glacé, ses yeux s’étaient soudain allumés comme des braises. Non, il ne pouvait pas se détacher de moi ainsi, je ne le supporterais pas ! Je me mis à trembler. Je voulais le supplier.
« Mais, Jake, tout ce que tu voudras ! Tu sais que je ne peux rien te…
_ Bella, je te demande une vraie promesse.
_ Oui, Jake, bien sûr. »
Des larmes roulèrent sur mes joues. Il me tenait si fermement par les épaules pour m’empêcher de me rapprocher de lui que je pleurais comme une enfant perdue.
_ Bella, reprit-il en détachant chacun de ses mots, en les posant dans l’espace et le silence de sa chambre, tu as promis à Edward de l’épouser. »
C’était une affirmation, pourtant je répondis :
« Oui. Mais je…
_ Alors, promets-moi, puisque je suis ton autre âme sœur, que le jour où tu l’épouseras, tu m’épouseras aussi. »
Ma bouche dut s’ouvrir toute seule et mon expression se changer en une grimace ridicule car il sourit, presque fier de lui.



Quand je fus revenue de mon ahurissement, je bredouillai :
« Mais enfin, Jacob, qu’est-ce que… mais ce… ce n’est pas possible !
_ Oh, ne t’en fais pas, répliqua-t-il, je ne te demande pas une belle cérémonie, avec tout le flonflon et caetera, ce n’est pas mon genre. Non, tu épouses ton buveur de sang comme tu veux, et puis… tu m’épouses selon le rite quileute.
_ Hein ?
_ C’est très simple. Presque rien, en fait. C’est pour le geste.
_ Mais… mais ça ne se fait pas, voyons, que vont dire les… autres ? Et …
_ Les autres n’ont rien à voir là-dedans. Un mariage quileute ne se préoccupe pas de ce qui a été fait en dehors des coutumes de mon peuple et il n’a pas besoin de témoins ou de prêtre. Il est célébré par les deux personnes concernées, c’est tout. Quelques gestes très simples. D’ailleurs… maintenant que j’y pense… nous sommes déjà presque mariés, s’esclaffa-t-il finalement.
_ Comment ça ?
_ Eh bien… euh… ne te fâche pas. Le principal geste d’un mariage quileute est l’offrande d’un cadeau par le futur époux à sa future épouse. Un bijou qu’il a lui-même façonné, le plus souvent. Si elle l’accepte, cela signifie qu’elle est consentante.
_ Jacob !
_ Et dire que je n’y avais même pas pensé quand je t’ai offert ce bracelet ! C’est venu… naturellement. Tout comme tu l’as tout naturellement accepté, je te ferai remarquer. Tu l’as trouvé très beau. Tu étais ravie. D’ailleurs, tu le portes. Inutile de monter sur tes grands chevaux maintenant. Aïe !
_ Jacob Black, m’exclamai-je soudainement prise de rage en lui assénant un coup de poing dans l’épaule, je ne sais pas ce qui me retient de te casser encore quelques côtes ! »
J’esquissai un geste en direction du bracelet, avec l’intention de le retirer peut-être. La main de Jacob arrêta mon poignet. Je plantai mon regard furieux dans le sien, mais l’expression alarmée et choquée de son visage balaya ma colère.
Il murmura, comme saisi d’effroi :
« Un cadeau est un cadeau, Bella. Tu m’offenses si tu le rejettes maintenant. »
Je le dévisageai. Etait-il sérieux ? Pensait-il réellement que j’allais l’épouser après avoir épousé Edward ? Je n’étais moi-même pas convaincue par ce mariage après tout.
« Jacob, tu… tu n’as pas le droit de me demander ça.
_ Si j’ai bien un droit, répondit-il sans aucune hésitation mais avec une assurance et une détermination qui me firent frémir, c’est celui-là.
_ Tu es complètement fou.
_ Nous sommes tous fous, Bella, dans cette histoire. Tu le sais bien, n’est-ce pas ? Rien n’a jamais été normal pour nous. Ecoute-toi un peu, écoute ton cœur. Que te dit-il ?
_ Ma raison me dit qu’il y a des choses qui ne se font pas.
_ Tu es une hypocrite.
_ Oh !
_ Aïe ! »
De ma main libre, je venais de lui renvoyer un coup de poing dans le côté. Pour autant, il ne me lâcha pas. Au contraire, plus rapide qu’un cobra, son autre main avait saisi mon poignet.
« Tu as vraiment un sacré caractère, soupira-t-il. Le pire, c’est que j’adore ça !
_ Tout cela finira mal, Jake, j’en ai peur.
_ Avant que tout finisse, Bella, que tu ne deviennes vampire ou que tu meures, que je meure ou que cette fichue planète disparaisse soudain… veux-tu bien me faire l’honneur de me prendre pour époux dans le respect de mes traditions ? »
Son visage était extrêmement sérieux. Il paraissait avoir le double de son âge, soudain. J’étais impressionnée.
« J’y tiens vraiment, Bella, poursuivit-il. Si tu dois m’accorder une chose, que ce soit celle-là. Je ne te demanderai rien d’autre, que cette cérémonie, toi et moi, seuls, pour attester des sentiments profonds qui nous unissent. Il n’y aura rien de plus ensuite.
_ Rien ?
_ Non. Tu iras vivre avec qui tu voudras et tu feras de ta vie ce que bon te semblera, même de la ficher en l’air si tu veux, je n’interviendrai pas.
_ Ah. »
J’étais surprise par la proposition de Jacob. Il se contenterait d’un petit rituel… comme d’un témoignage suffisant de notre union et de notre amour. C’était inhabituel de sa part. Mais il était vrai qu’il était devenu beaucoup plus respectueux des légendes et des rites de son peuple depuis qu’il avait transmuté. Pour lui, tout cela était soudain devenu partie intégrante de la réalité et il y avait trouvé un vrai équilibre qui provenait de l’acceptation de son identité propre et de sa nature profonde. Jacob était en paix avec lui-même, il avait de la chance. C’était ce qui le rendait si solide et si pur.
En même temps, je savais que ma relation avec lui avait toujours été particulière, sincère et profonde. Elle méritait d’être consacrée. J’en ressentais, au fond de moi, le besoin. Comme un adieu à ma vie d’humaine aussi. Comme si cette cérémonie devait permettre de laisser une trace de ce que j’avais été avant de devenir vampire, de ce qu’il y avait eu de beau et de fort dans ma vie. Bizarrement, j’avais envie de laisser une trace… pour ne pas que le monde m’oublie tout à fait. C’était une émotion curieuse. Et puis, je devais tant à Jacob ! Tout, dans son attitude envers moi, dans ce qu’il était, dans son être-même, exceptionnel et magnifique, avait toujours forcé, en quelque sorte, mes sentiments. Malgré moi, malgré Edward. Il méritait tout mon amour et ma considération, il méritait ma gratitude et mon respect. Il méritait d’obtenir ce qu’il voulait.
« Alors ?
_ Bon.
_ Quoi ?
_ J’ai dit : bon.
_ Tu acceptes ?
_ Je ne suis même pas certaine que le mariage avec Edward aura bien lieu. C’est si… incroyable comme idée. Pourquoi voulez-vous donc tous vous marier ?
_ Oh, Bella, je suis heureux ! »

Il avait libéré mes poignets et me serrait à m’étouffer dans ses bras puissants. Malgré le sentiment de ne plus maîtriser grand chose à ce que devenait le cours de ma vie, j’étais apaisée par la joie sincère et profonde de Jacob. Il fallait donc que je choisisse à présent. Epouser les deux, ou n’épouser personne. Somme toute, j’avais encore une certaine liberté.
J’étais également rassurée de constater que je m’étais éloignée de ce que mon rêve m’avait montré. Du moins pour le moment.
J’allais devoir rejoindre les Cullen, j’avais toujours tant de questions à leur poser.
« Fais-moi plaisir, Bella…, explosa soudain Jacob en me relâchant enfin.
_ Je pense t’avoir fait assez plaisir pour la journée, non, pour les mois qui viennent, Jake…
_ Va dans la cuisine et fais-moi un sandwich. Je meurs de faim ! Fais t’en un par la même occasion. Tu as tendance à tourner de l’œil un peu trop facilement, à mon avis. »
Complètement décontenancée, je me rendis cependant dans la cuisine. Billy me regarda passer d’un air soupçonneux.
« Jacob a faim, dis-je en levant les yeux au ciel.
_ Ah ? Bien, bien. C’est qu’il va mieux alors. »
Je fis rapidement deux sandwiches. Un triple pour Jacob et retournai le lui apporter. Il l’engloutit en une bouchée.
« Ouah… Voilà qui fait du bien !, s’exclama-t-il. Je crois que je vais dormir un peu maintenant.
_ Bon. Euh, eh bien j’y vais alors.
_ Merci, Bella. »
Je savais que ce « merci » ne concernait pas que le sandwich que je venais de lui faire. Ses yeux étaient graves, malgré la fatigue qui les voilait.
« Au revoir, Jake, repose-toi. »

Je sortis, mon sandwich encore à la main, et allai m’effondrer dans ma camionnette. Je mordis dans le pain pour me redonner courage. A petites bouchées. J’essayais de ne pas réfléchir, il fallait que j’avale de quoi tenir pour le restant de la journée. J’avais sans doute perdu la tête. Non. Je savais ce que je faisais, j’avais eu raison de le faire. Et cela ne regardait que moi, et Jacob. Un instant, j'eus la conviction qu'Edward comprendrait même mon geste, qu'il l'accepterait lorsqu'il l'apprendrait... parce que j'allais lui en parler, forcément, je ne pouvais le lui cacher. Je ne voulais rien lui cacher. Jamais. Mais quand et comment le lui dire ?...
Quand j’eus fini, je mis le contact et pris le chemin de la villa blanche, dans les bois.

dimanche 6 septembre 2009

A propos du chapitre 1 : inspiration


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English first, then French.
D'abord en anglais puis en français.

In this chapter 1, Bella wakes from a really strange dream which is in fact what has been told from the end of Eclipse chapter 25 untill the end of Breaking Dawn. She fainted when the Volturi left, killing Bree, the new-born vampire.
Her dream puzzles her. Edward considers it as a crypted message and is very interested in it even if Bella doesn't want to tell him now the whole story. She realises it contains alot of what's going to happen, as a premonitory dream, because her father's words are exactly the same, but some events are also unreal. Like her having a baby with Edward for instance, because he reminds her his body's dead, and that's an impossibility.
She's unwell about what she dreamt and wonders what she should do. She's also really anxious about Jacob she loves truely, because he's been injured and she wants to see him.




L'histoire débute au moment où Bella a été sauvée de la traque de Victoria et de son armée de nouveaux-nés grâce aux Cullen et aux loups-garous, à la fin d'Hésitation. Plus précisément, après le chapitre 25. Je considère la suite, les chapitres 26, 27, l'Epilogue et Révélation comme faisant partie du rêve de Bella.
Mon but est de montrer que le choix que Bella doit faire, veut faire, n'est pas si simple, en fait. Au point qu'il ne peut, peut-être, pas y avoir de choix possible. Le temps qu'elle a passé avec Jacob après avoir éprouvé la douleur immense et destructrice d'avoir perdu Edward l'a changée, comme toutes les expériences de la vie peuvent le faire. Elle a commencé à apprécier son humanité. Elle a découvert ses sentiments pour Jacob et a envisagé, un instant, qu'elle aurait pu vivre une autre vie, heureuse, avec lui.
Il ne me semble pas possible d'arrêter leur relation à ce stade, je pense au contraire devoir la développer.

D'un autre côté, j'estime que le personnage de Bella doit logiquement arriver, après tout ce qu'elle a enduré, à un stade d'épuisement nerveux tout naturel. Je veux exploiter cela. Bella est très éprouvée, elle est donc extrêmement fragile, mais elle pourra aussi faire preuve de beaucoup de force, comme on peut le faire lorsque l'on est désespéré, justement. Elle craint la folie. Ce qu'elle a vécu l'amène à réagir de manière extraordinaire. Ses expériences lui ont déjà appris des choses, et elle est en train de s'en rendre compte.
Concernant son caractère, je souhaite rester dans la logique du personnage, qui n'est pas celle du "grand mariage en blanc" comme les premiers livres l'ont laissé entendre. La personnalité de Bella doit s'affirmer dans sa complexité et sa singularité, explorer ses profondeurs et faire face à son côté sombre. Son rêve est peut-être une manifestation de sa dépression, ou de sa sensibilité si particulière, voire surnaturelle. Ce qu'elle a vu l'inquiète, d'autant plus que ce rêve a bien quelque chose de prémonitoire. Elle a cependant décidé de changer de route, car elle sait -et Edward le lui confirme- que ce qu'elle a vu en rêve n'est pas réaliste.


En effet, je parlais de "règles" à respecter en introduction : il me semble nécessaire de recadrer les personnages et l'évolution de l'histoire.
Traditionnellement, dans la littérature et dans les mythes, le vampire est un être qui n'a rien d'humain, il est un monstre, un corps mort animé d'une vie surnaturelle qui boit la vie des humains pour survivre. Il est un parasite, un prédateur, qui a la particularité d'être irrésistiblement attirant pour ses victimes. Il tue en se nourrissant et sa morsure ne contient pas de venin provoquant une intense douleur. Soit l'être humain miraculeusement épargné après avoir été mordu devient vampire à son tour, soit il doit, au seuil de la mort, boire le sang du vampire pour en devenir un lui-même, comme c'est le cas dans l'excellente saga d'Anne Rice. Bien entendu, il ne supporte pas le contact de la lumière du soleil, etc... Mais on peut presque glisser sur ces détails. Par contre, l'élément le plus important et le plus intéressant, le plus excitant si l'on peut dire, est sans doute le fait que la morsure du vampire procure du plaisir. Pour le vampire lui-même mais, surtout, pour sa victime. Ce plaisir est assimilable au plaisir sexuel, plus intense même, au point que la victime souhaite ardemment le baiser du vampire, au mépris de sa propre mort. La morsure remplace le sexe chez les vampires. Ainsi, on exploite souvent le fait que le vampire n'arrive pas à s'arrêter lorsqu'il commence à boire le sang d'un humain et, finalement, le tue. Son "amour" est fatal. Seul le vampire expérimenté, qui sait se contrôler, est à même de créer un nouveau vampire. On appréciera la métaphore. Il est dommage que S. M. n'ait pas exploité ce dernier point.
De la même manière, le loup-garou est par définition totalement incontrôlable sous sa forme monstrueuse, donc extrêmement dangereux. Il ne peut reconnaître personne et tue inconsciemment. Sa morsure, elle, transmet la malédiction de la métamorphose à chaque pleine lune à celui qui en réchappe. Mais, concernant le personnage de Jacob, on apprend finalement qu'il n'est pas un vrai loup-garou : à la fin de Révélation (Breaking Dawn) les Quileutes sont appelés des "modificateurs" parce qu'ils peuvent se transformer en loup monstrueux à volonté et il est précisé qu'ils auraient pu choisir n'importe quel autre animal. Ils ne sont donc pas des "Enfants de la Lune" traditionnels. L'idée est intéressante... je l'utiliserai sans doute.
Quoiqu'il en soit, le vampire et le loup-garou sont les représentations d'une nature viciée, maudite, en limite de l'humain. Ils incarnent des préoccupations métaphysiques, des peurs et des fantasmes exprimés à travers les principes et les limites qui régissent leurs natures particulières. Tout l'intérêt de la littérature qui exploite ces mythes est le jeu qu'elle instaure entre ces lois et la façon dont l'humain réagit par rapport à elles.
Stephenie Meyer a complètement ignoré ces règles, rendant les personnages plus abordables, mais plus faibles aussi, et le sens des choses se perd avec la perte des repères et des frontières. On perd en intensité de plaisir aussi, à franchir des limites qui n'en sont pas, puisqu'on ne risque, en définitive, pas grand chose. C'est la passion qui disparaît, elle qui naît seulement de l'interdit, de l'impossible, de l'inaccessible.
J'ai donc ressenti la nécessité de rappeler qu'Edward est immortel, irrésistiblement attirant certes, mais que son humanité est morte, elle, et donc que son corps ne peut pas agir comme celui d'un être humain : il ne peut pas avoir d'enfant. Les "enfants" des vampires sont les nouveaux vampires qu'ils créent. Bella doit considérer cela aussi. Accéder à l'état vampirique, c'est aussi renoncer à certaines choses.
De la même manière l'absolu contrôle que Jacob semble capable d'exercer sur lui-même fait perdre un peu en saveur. J'essaierai de recadrer cela aussi.

A partir de là, je vais chercher à apporter une issue différente aux personnages et à l'histoire, d'ouvrir une autre dimension, en ne gâchant pas le plaisir de cette situation extraordinaire : une humaine partagée entre l'amour d'un vampire et celui d'un loup-garou. Il faut sans doute parvenir progressivement, le temps passant (elle devient adulte), à libérer Bella en lui permettant d'accepter et d'exprimer ses désirs. Etre en paix avec elle-même, ce qui ne peut s'obtenir qu'en faisant ses propres expériences, ses propres choix, ses erreurs... et cela n'a rien de facile. Et puis il y a aussi le hasard ! Ce qu'on ne choisit pas et qui arrive pourtant. Tout comme c'est le cas dans la vie de tous les jours.
Je vais essayer de rendre les personnages plus proches de la réalité. Cette réalité, souvent très dure, où l'ambiguïté est permanente, où l'on prend des décisions qui n'ont pas les conséquences attendues, où l'on se trompe et où l'on refuse tout simplement d'être rationnel, parfois, pour suivre son coeur, ou bien, au contraire, l'on se piétine le coeur pour suivre ce que le devoir nous dicte. Rien n'y est tout blanc ou tout noir. On navigue à vue. Parfois, des tragédies surviennent ou des miracles se produisent...

L'image que j'ai mise en introduction représente la dualité du personnage de Bella. Pour les trois premiers livres de la saga, on parlait de "triangle amoureux". En fait, je considère que Bella pourrait avoir deux vies parallèles, qu'elle est foncièrement double : elle désire être à la fois la Bella sombre, vampire monstrueuse, mais éternelle et fascinante, avec Edward, et à la fois la Bella lumineuse, humaine épanouie, mais limitée et mortelle, avec Jacob.
C'est cette contradiction que je veux exploiter. Jusqu'au bout.



jeudi 3 septembre 2009

VOL I "Full Sun"/ Attraction _ chpt 1



White Nights/ Rédemption, Livre 1 (Le destin) "Full Sun"/ Attraction



Chapitre 1 : Un Rêve/ A Dream





« Bon sang, alors là, c’est franchement n’importe quoi ! »
Ces mots sortirent de ma bouche alors que j’étais encore en train de quitter le sommeil. Je venais de me réveiller en sursaut et de me redresser sur mon lit, en proie à une grande agitation.
« Mais qu’est-ce que je peux être bête, bête, bête ! Ou alors je commence réellement à devenir folle… »
J’étais submergée par un puissant malaise.
Des bras frais se posèrent sur moi et m’enlacèrent doucement.
« Que t’arrive-t-il ?, demanda Edward d’une voix visiblement inquiète.
_ Je viens de faire une rêve… bizarre… plus bizarre que jamais. Tellement clair, détaillé… J’ai l’impression d’avoir dormi mille ans, en plus !
_ Eh bien, Belle au Bois dormant, répliqua-t-il légèrement moqueur, pas loin… en fait tu as dormi une quinzaine d’heures. Charlie pense qu’Alice t’a réellement épuisée en t’amenant faire les boutiques. Il n’a plus eu la patience d’attendre que tu te réveilles. Il est quand même venu voir si tout allait bien, puis il est sorti.
_ Quoi ?
_ Tu t’es évanouie dans les bois, au départ des Volturi, après qu’ils aient… »
Je réentendis très nettement le bruit qui m’avait sans doute valu de tourner de l’œil, celui du corps broyé de Bree, le vampire nouveau-né que Carlisle avait proposé d’épargner.
Je me laissai retomber sur mon oreiller en soufflant. Eh bien ! Que d’émotions ! Pendant un instant, j’avais un peu perdu la notion du temps et de l’endroit dans lequel je me trouvais. J’étais soulagée d’être là, dans ma chambre, ce matin.


« Mon Dieu, Jacob ! Est-ce qu’il… ?
_ Jacob va bien, il se repose. Ne t’inquiète pas. Il est solide… Plus que je ne l’espérais, d’ailleurs…
_ Oh, Edward, ne dis pas ça !
_ Ne t’en fais pas. Carlisle s’est bien occupé de lui. Et il n’a jamais vu d’os se ressouder aussi vite ! Il sera sur pieds, frais comme un gardon d’ici demain.
_ Bon, si tu le dis. Je vais… tout de même aller le voir. Tout à l’heure… »
Je me rappelais la peur affreuse que j’avais eue en apprenant que Jacob avait été blessé. Je l’avais même cru mort, d’abord. L’horreur de cette nouvelle, l’abomination qu’aurait été ma vie, la vie, sans Jacob m’avait submergée avec une telle force… que je m’étais évanouie. Je n’arrêtais pas de m’évanouir en ce moment… je devais effectivement être bien fatiguée. A bout. Qui pourrait calmement supporter de pareilles choses, après tout ? Voir sa vie soudain emplie de monstres dangereux, des vampires, des loups-garous… et puis être traquée, une fois, deux fois… Etre abandonnée également. Son cœur brisé, sa vie réduite en poussière alors qu’on aimait tellement, de tout son corps et de toute son âme… Et découvrir que l’amour est toujours là cependant. Qu’il se développe et s’étend sans qu’on s’en aperçoive, sans qu’on puisse rien y faire, comme une plante vivace et envahissante. Qu’il peut prendre différents visages. Oh, l’amour… quelle torture !
Oui, en effet, j’étais exténuée.

Des images défilèrent dans mon esprit. Celles de mon rêve étrange de réalisme. J’avais été loup, dans la tête de Jacob, j’avais également épousé Edward, nous étions partis sur une île. J’avais eu un enfant de lui, une étrange petite fille, mi-humaine, mi-vampire. Pour la nourrir pendant ma grossesse extraordinaire qui n’avait duré que quelques jours, j’avais dû boire… ce que certainement jamais je ne pourrais boire de ma vie d’humaine. J’avais accouché dans un bain de sang, avant de devenir vampire moi-même. Des sensations me revinrent en mémoire. J’avais chassé, j’avais connu l’amour dans la peau d’un vampire… Comment avais-je pu imaginer tout cela avec tant de force ? Jacob s’était ensuite imprégné de…
« Oh ! », fis-je en secouant la tête pour chasser toutes ces pensées envahissantes, incohérentes et abominables. En même temps, dans un geste automatique, je caressai mon ventre avec inquiétude.
« Pourrais-tu m’expliquer ce qu’il se passe ?, demanda Edward réellement intrigué.
_ Pour une fois, Edward, j’aimerais que tu puisses lire dans mes pensées, ce serait beaucoup plus pratique, lui répondis-je. Je suis assez persuadée qu’elles arriveraient à te faire peur, d’ailleurs. Il va me falloir du temps pour arriver à me remettre d’une nuit pareille… Je n’en reviens pas !
_ Et si tu étais plus précise, s’agaça-t-il, peut-être arriverais-je à comprendre quelque chose à ce que tu racontes.
_ Quand j’aurai recouvré mes esprits, lui dis-je en me serrant contre lui. Je ne me sens pas très bien, tout est vraiment confus et j’ai une sorte de nausée… Et puis cela va prendre un sacré moment à raconter, tu pourras t’accrocher. Jamais je n’ai fait un rêve pareil !
_ C’est normal que tu sois perturbée, souffla-t-il tendrement en lissant mes cheveux de ses doigts délicats, avec tout ce que tu viens de vivre. Quand tu le voudras, je t’écouterai me raconter ton rêve du début à la fin. J’aime beaucoup écouter les belles histoires…
_ Celle-là n’est pas toujours belle, gémis-je, il y a des moments très… gore. Comment ai-je pu inventer toutes ces…choses… Il y avait les Volturi, bien sûr, mais aussi de nombreux vampires dont je me rappelle parfaitement les noms : Amun, Kebi, Alistair, Garrett… Quelle imagination ! Je ne m’en serais jamais crue capable !
_ Tu sais, me dit Edward sur un ton soudain plus sérieux, les rêves ont parfois un sens. Ils peuvent être une façon que trouve ton esprit pour te dire des choses qu’il ne peut pas te faire comprendre autrement. Vu comme tu as l’air préoccupée, je pense que tu dois prendre ce rêve-ci particulièrement au sérieux et réfléchir au message caché qu’il peut contenir. S’il y en a un, bien sûr, finit-il dans un rire.
_ Toi tu ne rêves jamais, comment peux-tu dire ça ?
_ J’ai été humain, je te rappelle, et je me souviens bien de cette impression étrange qu’un rêve laisse parfois, de ce qu’il avoue comme crainte, ou comme désir… »
Je me demandai soudain si j’allais pouvoir lui raconter réellement tous les détails, ou s’il ne valait mieux pas en omettre certains afin qu’il ne me prenne pas pour une vraie malade.

Je fermai les yeux. A nouveau je fus submergée par les images, les émotions.
« Renesmée, dis-je sans m’en rendre vraiment compte.
_ Qu’est-ce que tu dis ?, s’enquit Edward.
_ Dans mon rêve, il y avait une petite fille, répondis-je toute confuse, elle s’appelait Renesmée. C’était… notre fille. »
J’attendis la réaction d’Edward. Au moment où je venais de lui expliquer le sens de ce prénom, je m’étais rendu compte de l’absurdité de mes paroles. Je le regardai, ses sourcils étaient froncés, sa bouche formait une moue dubitative. Au bout d’un moment, il répondit avec douceur :
« Tu as rêvé que nous avions un enfant ? »
Oui, me répondis-je à moi-même, honteuse. Un petit hybride, (conçu après notre mariage mais alors que j’étais encore humaine et que nos ébats me couvraient d’ecchymoses) dont j’accouchais au péril de ma vie après l’avoir portée dans une douleur constante et nourrie de sang humain, doté de super pouvoirs que tout le monde surnommait Nessie –comme le monstre du Loch Ness !- et qui se trouvait être l’objet de l’imprégnation de Jacob pour finir. J’étais complètement tordue. Je ne pourrais jamais lui avouer tout cela. Alors je répétai timidement :
« Renesmée… Qu’en penses-tu ? »
Contre toute attente, son regard s’assombrit, puis devint dur. Il me saisit par les épaules. Il avait l’air de souffrir.
« Bella, dit-il avec tendresse pourtant, tu te doutes… tu sais que… nous ne pourrons jamais -il insista sur le mot- avoir d’enfant. Ni maintenant, ni plus tard. Mon corps est… mort. Nous pourrons vivre éternellement ensemble, nous pourrons goûter à un plaisir physique certainement très différent et beaucoup plus intense que celui que connaissent les humains... Mais rien ne naîtra de notre amour, fût-il le plus beau et le plus fort de tous,… jamais. »
Je l’avais blessé, sans doute. J’étais mortifiée.
« Je te raconte juste mon rêve, bredouillai-je.
_ Tu as raison, reprit-il bizarrement plus détendu, et il va vraiment falloir que tu me le racontes dans ses moindres détails, celui-là. Je suis persuadé que c’est important. »
Je ne savais plus que faire. Je ne voulais pas lui donner d’autres occasions de souffrir, peut-être. En même temps, je me rendais compte que repenser à toute cette histoire délirante et pourtant si précise faisait naître en moi une foule de questions que j’avais envie de lui poser, et dont je pressentais même déjà les réponses. Sans doute avait-il raison : j’étais en train de comprendre certaines choses, je les ressentais avec davantage d’acuité… Avant que j’aie pu ouvrir la bouche, il reprit :
« Renesmée… As-tu remarqué que c’est une fusion du prénom de ta mère mortelle et de ma mère vampire ? Je me demande… Ce n’est, sans aucun doute, pas un rêve prémonitoire, mais il y a, de toute évidence, des vérités à déchiffrer derrière le tissu de cette histoire qui t’apparaît comme tellement absurde. »
Il se tut un instant, puis reprit, songeur :
« As-tu déjà lu Freud ?
_ Euh, non, je ne crois pas avoir lu quoi que ce soit de lui, même si j’ai entendu parler de ses théories…
_ L’Interprétation des Rêves paraît convenir tout à fait à cette situation… je vais le relire dès aujourd'hui pour me remémorer ce qu’il y explique.
_ Mmmmmh, boudai-je, je vois ça d’ici… encore une obsession concernant… le sexe.
_ Tu as quelque chose contre ça ?, s’esclaffa-t-il. Tu ne peux pas rejeter cette part de toi-même, de ton humanité ! Elle est si… intéressante en plus, ajouta-t-il avec une sorte de gourmandise qui me rendit écarlate sur le champ.
_ Elle ne t’intéresse pas, apparemment, répliquai-je, piquée, tu me l’as assez expliqué. »
Il ne répondit rien. Je repensai au mariage, à cette promesse qu’il m’avait faite et que je lui avais faite. De nouvelles questions me venaient, me brûlant le cœur et la gorge, un étrange sentiment d’avoir été manipulée commençait à poindre au fond de moi, mais je ne savais pas d’où il provenait exactement. Je sentais bien qu’il faudrait que je les pose, ces questions, tout de suite peut-être.
Je pensai à Jacob aussi. Comment allait-il réellement ? Je devais aller le voir, constater les dégâts par moi-même, lui parler… le blesser à nouveau sans doute…
Mais Edward m’attira à lui, posa ses lèvres sur les miennes et, comme toujours, j’oubliai tout.


La matinée touchait à sa fin et Charlie allait sans doute rentrer affamé. Moi-même, je commençais à avoir l’estomac dans les talons et je profitai de l’absence d’Edward, parti en quête des écrits du célèbre psychanalyste, pour préparer un bon repas.
Lorsque Charlie passa la porte, le fumet qui provenait de la cuisine dut instantanément apaiser sa colère puisque ce fut avec une certaine tendresse -et non le rugissement auquel je me serais plutôt attendue- qu’il m’annonça :
« Tu sais ce qui est arrivé à Jake ?... Je ne veux plus jamais que tu montes sur une de ces satanées motos, Bella. »
Je tressaillis. Ces paroles me rappelaient quelque chose. Au fond de ma mémoire, des souvenirs embrumés s’agitèrent… Où est-ce que… ? J’avais une bizarre impression de « déjà vécu ».
Lorsque Charlie -qui n’avait rien perçu de mon trouble- poursuivit son récit de la partie de pêche qu’il avait faite avec Billy la veille, de l’attitude étrange et angoissée de son ami indien, des loups hurlants qu’il avait entendus jusqu’à-ce que les amis de Jacob le ramènent, blessé, à la Push, je tirai quand même une chaise et m’assis, comme prise d’un vrai malaise.
« Tu te sens bien Bella ?, s’inquiéta Charlie, tu t’inquiètes pour Jake ou Alice t’a réellement épuisée en te traînant de boutique en boutique comme me l’a expliqué Edward hier soir ?
_ Oui… non…, répondis-je toujours confuse, je m’inquiète pour Jacob. Comment va-t-il ? »
Ne savais-je pas que Charlie allait me dire que Jacob s’en tirerait sans problème puisqu’il avait immédiatement recouvré toute sa blâmable capacité à jurer comme un charretier et que Carlisle s’était merveilleusement bien occupé de lui ?
Et ce fut la réponse qu’il me fit, effectivement.
Non, ce n’était pas possible ! Allais-je devoir revivre chaque chose que mon rêve m’avait montrée et dont je me souvenais plus clairement que d’aucun des rêves que j’avais pu faire jusqu’à ce jour, ou bien avais-je la possibilité de réagir ? Fallait-il que je réagisse ?
« Je suis retourné à La Push ce matin, ajouta Charlie, il est vraiment beaucoup mieux. Ce garçon a une santé incroyable ! »
L’image de Jacob, dans mon souvenir, et mêlée à celle que je m’étais remémorée en rêve, s’imposa alors avec force à mon esprit. Un Jacob gravement blessé, qui aurait pu perdre la vie quelques heures plus tôt… Aurais-je jamais été capable de survivre à cela ? Par ma faute, il avait risqué la mort. Avais-je le droit de le briser, définitivement, comme je m’apprêtais à le faire, comme je l’avais résolu, alors qu’il m’aimait au point de se sacrifier pour moi, pour que je reste en vie ? En renonçant à être humaine, je le perdais définitivement. Pourtant, c’était mon choix. Je voulais être avec Edward, pour toujours. Je m’étais engagée…
Le conflit qui faisait rage en moi redoubla d’ardeur en cet instant, me coupant sur le champ l’appétit. C’était plus que je ne pouvais en supporter. Il fallait que j’agisse. Immédiatement. Ou j’allais devenir folle.
Je me levai soudain, en déclarant :
« Le repas est prêt, papa, mange. Moi, il faut que j’aille chez Billy.
_ Tu devrais prendre le temps de manger un peu, Bella, me répondit Charlie en me retenant par la manche, Jacob ne se sauvera pas… Il ne s’est jamais sauvé, lui… Et puis j’aimerais que tu m’accordes un petit moment… »
Oh, non, pas encore ! Allait-il me dire qu’il avait peur de me perdre et me demander de ne pas disparaître sans lui avoir dit au revoir ?
« Papa, dis-je en me penchant vers lui, tu ne vas pas me perdre, je ne partirai jamais sans avoir pris le temps de t’embrasser, je suis une grande fille maintenant et je t’aime. »
Sur ce, je collai un baiser sur son front et, alors qu’il restait bouche bée, lui adressai un clin d’œil et un signe de la main, avant de tourner les talons en direction de la Push.

Petit message

J'ai remarqué que, malheureusement, Deezer perdait parfois certains morceaux, mais je ne peux pas savoir lesquels... Alors n'hésitez pas à me laisser un petit message lorsque, au cours de votre lecture, vous rencontrez un lien mort dans mes players. Je ferai en sorte de le remplacer. Merci !