samedi 10 octobre 2009

VOL I _ chpt 18, chpt 19, chpt 20, chpt 21



Chapitre 18 : Aveu/ Truth



Lorsque j’approchai de chez les Cullen, j’hésitai, cependant. J’étais dans les bois, sur le chemin privé qui menait à la villa, je pouvais encore faire demi-tour. Je coupai le moteur. Appuyant ma tête sur le volant, j’essayai pendant quelques minutes de rassembler mes idées.
Un coup à la vitre de ma portière me fit sursauter. C’était Edward. Malgré la distance, il avait pu m’entendre arriver… Je baissai la vitre.
« Qu’est-ce que tu fais, Bella ? Tu ne te sens pas bien ?
_ Si… je… je venais te voir justement… »
Il fit le tour de ma camionnette et s’installa à mes côtés.
« Eh bien, allons-y ! », déclara-t-il avec un petit sourire légèrement inquiet.
Edward avait l’air détendu, il ne m’en voulait pas pour notre dernière discussion. Il ne m’en voulait pas encore pour celle qui allait avoir lieu. J’essayai de profiter de ces quelques minutes de répit.
« Tu as pris un petit déjeuné ce matin ? Tu n’as pas très bonne mine… », demanda-t-il alors que nous avions passé la porte et que j’enlevais ma veste, la mort dans l’âme.
« Euh, non, je… n’ai pas très faim, je suis… un peu malade depuis quelques jours…
_ Eh bien, justement, il faut manger quelque chose. »
Il prit doucement ma main, m’entraînant vers la cuisine. Je n’avais pas ressenti cette sensation, celle d’être une poupée fragile qu’il voulait protéger et traiter avec la plus grande délicatesse, depuis bien longtemps. Elle me replongea soudain dans mes souvenirs. Je revis le jour où, pour la première fois, il m’avait présentée à sa famille. J’avais été tellement émue d’être à ses côtés, qu’il tienne ma main… Chacun de ses gestes, de ses regards, manquait de me faire défaillir ; mon jeune cœur battait de manière effrayante dès qu’il était un peu trop près de moi... Il avait été si tendre ! Il était amoureux alors, follement et totalement, tout comme je l’étais, pour la première fois de ma vie. L’étions-nous toujours de la même manière ?
Pendant que je glissais dans ces pensées, Edward avait disposé devant moi un verre de jus d’orange, une petite brioche et une jolie coupelle contenant de la confiture. Je ne pensais vraiment pas que je pourrais manger quoi que ce soit. Pourtant, essayer d’avaler quelque chose me permettait de gagner du temps avant… de ruiner définitivement cet agréable moment.
« Je suis allé chasser, avec Emmett et Rosalie, hier. Nous sommes revenus cette nuit.
_ Ah ? »
Je comprenais mieux pourquoi il avait l’air si calme et décontracté. Pourrait-il le rester ?
« Je suis passé te voir, un peu avant l’aube. Tu dormais… mais tu avais l’air de faire un cauchemar. Je ne savais pas si je devais te réveiller ou te laisser… »
Ainsi, il était venu me voir. Je baissai mes yeux sur la brioche. Machinalement, j’en détachai un bout, l’avalai. Edward me regardait, tendrement. Mon estomac réagit. En fait, j’avais faim. J’avais très faim. Mais j’avais peur aussi.
« As-tu encore rêvé ? »
Il allait falloir… il allait falloir que je lui dise…
« Justement, Edward, c’est pour ça que je suis venue. »
J’avalai une gorgée de jus d’orange pour dégager ma gorge serrée. Edward me regardait, de manière plus grave à présent, il attendait que je parle.
« J’ai rêvé de Jane. Elle venait pour me tuer, pour nous tuer. Parce que… parce que je n’avais pas encore été transformée. »
Edward fronça les sourcils.
« Quand cela se passait-il ? Le sais-tu ?
_ Non… c’était… c’était assez confus. »
Devais-je mentionner la taille de mon ventre ?
« Il y avait un autre vampire avec elle. Elle l’appelait Giacomo. »
Edward haussa les épaules. Il était vrai que ce détail n’avait pas grande importance. Je gardai pour moi ce qu’ils m’avaient fait subir.
« Tu veux une autre brioche ?
_ Non, merci. C’est bien déjà. »
Je finis le jus d’orange. Edward me sourit comme pour m’encourager, puis son regard se posa sur moi avec une telle intensité, une telle affection mêlée de détresse que j’eus le sentiment de me liquéfier sur ma chaise.
« Ils m’emmenaient dans la forêt, dans une cabane écroulée. Je ne sais pas où elle se trouve.
_ J’essaierai de voir ça, répondit-il en hochant la tête d’un air plus sombre. »

A cet instant, il y eut un grand silence, qui se prolongea plus que je ne pouvais le supporter.
Edward avait pris mes mains. Ses yeux cherchaient dans les miens la raison de mon trouble sans doute. Ma bouche s’ouvrit et j’aspirai une grande bouffée d’air, comme on le fait entre deux sanglots.
« Edward… je suis enceinte », soufflai-je en m’efforçant de me faire entendre.
L’expression de son visage ne changea pas. Il ne lâcha pas mes mains. La pièce, la villa et le monde ne disparurent pas aussitôt comme je m’y étais attendue. Tout resta exactement à sa place. Seul, mon cœur battait à mes oreilles et dans ma gorge, avec d’intenses soubresauts qui impulsaient dans mes veines une chaleur cuisante. Je sentais battre mon coeur jusque dans le bout de mes doigts. Je savais qu’Edward le percevait. Je ne pouvais rien y faire.
Nous restâmes longtemps nos regards accrochés l’un à l’autre sans rien dire. J’explorais le sien avec anxiété, m’attendant à y voir soudain s’allumer l’étincelle qui annoncerait l’explosion. Je m’apprêtais à la subir. Mais rien. Doucement, comme mon visage devait avoir pris malgré moi une expression muette d’incompréhension, Edward embrassa mes mains. Mes yeux s’écarquillèrent tout à fait. Il ne sourit pas, mais ses sourcils se rejoignirent en une pointe et sa bouche fit une moue qui signifiait que je ne devais pas m’inquiéter. Son air se voulait clairement réconfortant ! Je devais paraître toujours aussi décontenancée car il expliqua :
« C’est… normal ? Non ? Quand on est… vivant, quand on est… humain, ce sont des choses qui arrivent. Tu… es heureuse ? »
J’étais atterrée. Il s’en était douté ? Il savait ? Comment ?
« Tu… tu pourrais avoir l’air surpris, au moins.
_ Tu veux que j’aie l’air surpris ? »
Mon cœur avait recommencé à tambouriner dans ma poitrine, mais la peur que j’avais ressentie jusqu’à présent se changeait progressivement en colère.
« Tu le savais ?
_ Non. Mais comme je te le dis… c’est dans l’ordre des choses.
_ Bon sang !
_ Bella ! Qu’est-ce qu’il te prend ?, répondit-il d’un ton plus ferme. Tu voudrais me faire croire que tu pourrais être assez stupide pour ne pas y avoir pensé toi-même ? »
Encore ! Mais pour qui me prenaient-ils tous les deux ?
« Mais je n’y ai pas pensé du tout !, explosai-je. Je n’ai pensé à rien et tout… a filé. Pourquoi cela serait-il entièrement de ma faute ? J’ai juste… "débranché", parce que je n’en pouvais plus, parce que ma vie est… insupportable, parce que je deviens totalement dingue à faire de plus en plus fréquemment des rêves pleins de sang et de morts, parce que j’ai peur, tellement peur, en permanence, pour ceux que j’aime, pour moi, parce que je ne contrôle vraiment rien, que je ne sais plus qui je suis au fond de moi, parce que… »
Je m’entendais débiter tout ce que j’avais sur le cœur en véritable spectatrice de moi-même. J’entendais ma voix qui criait et s’étranglait dans ma gorge. J’allais faire une crise de nerfs. Je le sentais, bien que cela ne me fût jamais arrivé. J’étais tellement dépassée par tout, j’avais tellement l’impression de me retrouver dans un piège duquel je ne pouvais plus m’échapper ! J’avais envie de tout casser et de disparaître.
Edward l’avait compris, il s’était levé et avait fait le tour de la table. Il m’avait prise dans ses bras et me serrait contre lui. Je lui donnais des coups sans le vouloir vraiment.
Bientôt, je perçus une voix. Mes cris avaient attiré Esmé.
« Qu’y a-t-il ?, avait-elle demandé de son timbre doux et tendre. Bella, chérie, viens ! Ne reste pas ici, viens dans le salon ! »
Edward m’avait lâchée alors qu’Esmé passait son bras autour de ma taille et me conduisait hors de la cuisine. Elle voulut me faire asseoir dans le grand canapé mais je ne pouvais pas me détendre, je ne pouvais pas me calmer.
Esmé caressait tendrement mes cheveux. Elle était si maternelle ! J’aurais tellement voulu, en cet instant, pouvoir me blottir dans les bras de ma mère, de René. Qu’elle me dise quoi faire, qu’elle me pardonne, qu’elle m’assure qu’elle m’aimerait toujours. Mais Renée n’était pas là. Il valait sans doute mieux qu’elle ne soit pas là. Alors, je me serrai dans les bras d’Esmé qui m’accueillit contre sa poitrine avec bienveillance.
Sans que je m’en sois rendue compte, Rosalie et Emmett nous avaient rejoints.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
C’était la voix de Rosalie, assez discrète et inquiète cependant.
« Bella est enceinte », répondit simplement Edward.
Je ne fus pas choquée par sa réponse. C’était vrai. Les Cullen ne se faisaient pas de cachotteries inutiles.
Je fondis cependant en larmes contre le cou d’Esmé.





Chapitre 19 : Menaces/ Threats



Personne ne posa de question. Il n’y avait rien à demander. Les choses étaient évidentes. Peut-être étaient-ils tout simplement consternés. Il y avait de quoi.
« Bella, mais c’est merveilleux…, intervint Esmé, rompant le silence. Ne pleure pas, voyons ! »
Au lieu de cela, mes larmes redoublèrent.
« Bella a vu Jane en rêve cette nuit, reprit Edward. Apparemment, les Volturi pourraient décider qu’elle doit mourir si elle ne devient pas un vampire rapidement. »
A ces mots, j’avais entendu Rosalie siffler comme un chat sur la défensive.
Soudain, la sonnerie d’un téléphone portable se fit entendre. C’était celui d’Edward. Il décrocha rapidement.
« Oui. Oui Alice…. Elle est là. Tu veux… ? »
Il s’était approché de moi.
« Bella, Alice souhaite te parler. »
Il me tendait l’appareil. Je me détachai d’Esmé, essuyai mon visage et m’éloignai un peu vers la baie vitrée. Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé à Alice. En fait, j’avais pensé qu’elle ne voudrait sans doute plus jamais m’adresser la parole. Alice savait. Elle avait tout su avant tout le monde. Et elle désapprouvait sans aucun doute le cours des évènements. Elle avait souhaité que son frère fasse en sorte de les modifier. Qu’allait-elle bien pouvoir penser maintenant ?
« Allô, Bella ?
_ Oui, Alice.
_ Oh, Bella, je suis heureuse de t’entendre à nouveau… Je… je regrette d’être tellement inutile ! Je t’aime comme une sœur... tu le sais, n’est-ce pas ? Je ne veux pas que nous… »
Les mots d’Alice me faisaient du bien, elle paraissait vraiment émue, comme si notre séparation, l’absence et le silence qui en avaient découlé, lui avaient vraiment pesé. Elle était la seule amie que j’avais eue, que j’appréciais réellement. J’étais fascinée par sa personnalité fantasque, sensible et intuitive, par son raffinement aussi. Quelque part, Alice était mon parfait contraire. J’avais tellement craint qu’elle ait perdu toute estime pour moi.
« Ne t’inquiète pas Alice.
_ Oh si, je m’inquiète, Bella ! Si tu savais… Je n’arrête pas… Je n’arrête pas d’avoir des visions, ces temps-ci ! Mais elles sont toutes… vides ! Toutes… blanches ! Comme si on avait brouillé le récepteur… débranché l’image et le son.
_ Que veux-tu dire ?
_ Je ne vois plus rien de ce qui se passe à Forks. Je me concentre, j’essaie, mais je n’y arrive pas. J’ai même l’impression que plus j’essaie, moins j’y arrive. Et pourtant, je sens… je sens que c’est affreux. Je sens que ça arrive, que ça se rapproche ! »
Ces dernières paroles m’avaient emplie d’effroi. Une image s’imposa à mon esprit. Je revis Jane et ses yeux étincelants, son air narquois, je ressentis la terreur éprouvée durant la nuit.
« Alice, t’es-tu… as-tu essayé de te concentrer sur les Volturi ?
_ Je ne comprends pas… Je n’ai rien vu les concernant. Mais je ne contrôle pas vraiment mes visions : elles viennent d’elles-mêmes. Pourquoi ? »
J’expliquai rapidement à Alice le contenu de mon cauchemar. Ce qui m’avait semblé le plus clair, en tout cas.
« Edward m’a dit que tu faisais ces rêves, Bella. Comment est-ce possible ?
_ Je ne sais pas. Carlisle m’a expliqué que cela arrivait parfois quand… on est très perturbé. Que c’est quelque chose qui existe depuis toujours, même si ce n’est pas fréquent.
_ Sincèrement, je compatis. Je sais ce que c’est… ces images qui s’imposent… Je vais essayer de me concentrer sur Jane mais, tu sais, elle a vu comment je fonctionne, Aro m’a touchée… ils me connaissent maintenant… »
Elle avait malheureusement raison. Victoria avait bien réussi à agir malgré le don d’Alice, alors les Volturi…
Carlisle venait de passer la porte. Il avait eu l’air un peu surpris de nous trouver ainsi rassemblés dans le salon, mais il avait affiché une attitude immédiatement concernée et attentive à chacun. Il s’était approché d’Esmé, puis d’Edward. Tous deux parlaient à voix basse.
« Ecoute, Bella, avait ajouté Alice, Jasper et moi rentrons immédiatement. Nous n’avons pu trouver de places sur un vol qu’après-demain, mais nous arrivons bientôt. Au fait, je ne t’ai pas demandé mais… comment te sens-tu avec tout ça ? Tu… tu tiens le coup ?
_ Oh, Alice ! Je… »
J’allais me remettre à pleurer si je devais encore mentionner mon état, qui était une véritable catastrophe compte tenu des circonstances.
« Ne… ça va aller, mentis-je, je serai contente de te revoir bientôt. »
Je raccrochai. Edward s’approcha et je lui tendis son téléphone. Tous les visages étaient tournés vers moi.

« Qu’a dit Alice ?, demanda le docteur Cullen en s’approchant de moi.
_ Qu’elle arrive après demain, répondis-je. Et… qu’elle ne peut toujours rien voir. Elle a l’air très anxieuse également. Elle affirme qu’elle sent quelque chose de grave.
_ C’est une bonne chose qu’Alice et Jasper rentrent, Bella. Nous ne serons pas de trop si… les Volturi se manifestent. »
Carlisle envisageait déjà l’affrontement. Il paraissait déterminé à prendre ma défense et celle de son fils. Je ne pouvais pas les laisser risquer leurs vies à cause de moi. Je ne le méritais pas.
« Carlisle… non, je ne peux pas vous exposer à ce danger. Il faut… il faut qu’Edward me transforme rapidement. »
Je jetai un regard circulaire à l’assemblée des vampires qui m’entourait. Esmé regardait dans le vide, son beau visage empreint de tristesse, les sourcils froncés. Edward me fixait, le regard brûlant, il secouait la tête en signe de désapprobation. Rosalie était de dos, une de ses mains appuyée contre un pan du mur et Emmett s’était assis, son menton reposant sur son poing serré. Carlisle s’approcha davantage. Il posa ses mains sur mes épaules.
« Bella, ce genre de choses ne se fait pas. Tu sais ce que cela signifie ? »
Je ne voulais pas envisager la monstruosité d’une transformation alors que je portais une vie, encore bien peu évoluée, certes, mais un être vivant tout de même. Quelle abomination cela engendrerait-il ? Serais-je enceinte éternellement ? Non, ce n’était pas supportable, il fallait envisager autre chose… avant.
« Je vais… je dois… faire ce qu’il faut et… vite, je suppose. »
Carlisle s’était un peu penché vers moi.
« Personne ne te demande de faire une chose pareille, Bella. A moins que tu ne le veuilles, toi-même. Serait-ce ton choix ? »
J’entendis Rosalie soupirer. Elle se retourna vivement : elle trépignait. Elle trépignait de rage, visiblement. Sans doute était-elle scandalisée par ma bêtise, ma faculté à mettre sa famille en péril par mon comportement irrationnel et stupide. Je ne pouvais pas la blâmer. La tension qui régnait à cet instant dans la pièce d’ordinaire si claire, calme et accueillante, me bouleversa et je ressentis dans tout mon corps, dans l’appui pourtant léger des mains de Carlisle sur mes épaules, le poids de mes erreurs passées. Ce fardeau aurait pu me faire m’écrouler sur place à l’instant même.
« Non, murmura Esmé, il doit y avoir une autre solution… Carlisle, n’est-ce pas ? Il faut trouver… »
Elle fut interrompue par des coups frappés à la porte d’entrée, qui nous firent tous sursauter. Ils s’arrêtèrent une seconde, puis reprirent, plus violents encore.
Personne ne bougeait. Le docteur Cullen se détacha de moi, se dirigea vers la porte et l’ouvrit.
« Ah, c’est toi Ja…
_ Où est-elle ? »
Dépassant le médecin, sans lui répondre et sans le regarder, Jacob fit irruption dans la pièce.
« Bella… que fais-tu ? Viens avec moi… s’il te plaît ! »
Je connaissais assez Jacob pour savoir, sans avoir besoin de le regarder, qu’il était extrêmement nerveux et irrité.
« Jacob, ne crois pas…, essaya d’expliquer Carlisle.
_ Laissez-la tranquille !, s’énerva l’imposant Indien en défiant les cinq vampires qui l’entouraient. Sa place n’est plus parmi vous ! Ayez au moins un peu de respect pour…
_ Jacob Black, veux-tu, toi, te montrer un peu plus respectueux et… te calmer, pour commencer ?, souffla froidement Edward en s’avançant vers lui.
_ Toi…, Jacob tremblait de rage maintenant, toi n’approche pas ! Et vous, docteur Cullen, bien que j’aie eu beaucoup d’estime pour vous jusqu’à présent, si vous touchez à un seul de ses cheveux…
_ Je peux t’assurer que nous ne désirons que son bien, répliqua Carlisle en levant la main en signe d’apaisement.
_ Bella… je te ramène chez toi. Viens ! »
La voix de Jacob tremblait. Pourtant, elle avait une nuance autoritaire qui ne m’échappa pas. Je percevais toute la colère qu’il essayait de contenir. Son affolement aussi. Sa peur. Je la comprenais. Je ne l’avais pas vu aussi révolté depuis longtemps. Sa respiration se faisait de plus en plus sonore et rapide. Son exaspération se muait en rage. Emmett ne s’y était pas trompé : il s’était levé et, par réflexe, était venu se positionner, parallèlement à Edward, à la droite de Jacob.
« Que tu le veuilles ou non, c’est à Bella de décider, articula Edward, les yeux rivés sur le Quileute.
_ Oh, non, pas seulement !, tonna Jacob les poings serrés. Je m’y oppose… je m’y oppose tout à fait, j’ai raison et je suis prêt à te l’expliquer plus clairement si tu refuses de le comprendre.
_ Dans ce cas, rétorqua Edward sans s’avancer davantage mais en adoptant une posture plus offensive, j’ai moi-même quelques objections à formuler… parce que tu ne penses plus réellement à l’intérêt de Bella. »
Son ton, bien que plus bas et retenu que celui de Jacob, n’en était pas moins agressif.
« Et toi, Cullen, à qui penses-tu ? Tu crois vraiment qu’un suceur de sang peut se permettre de me faire la morale ?
_ Tu ne devrais pas croire que tout t’est définitivement acquis, Quileute, tu ignores certaines choses et ton orgueil t’égare !
_ Non, s’il vous plaît ! », s’exlama alors le docteur Cullen qui avait pressenti ce qui allait se produire.
Mais il était trop tard. Un tremblement irrépressible s’était emparé de tout le corps de Jacob et il s’était replié sur lui-même tandis que sa silhouette se déployait, s’étendait, s’obscurcissait, déchirant ses vêtements qui tombaient en lambeaux sur le sol… Cela ne dura qu’une seconde, puis un rugissement furieux s’échappa de la gueule de la gigantesque bête qui venait de prendre forme dans le salon.
« Eh ben…mince !, lâcha Emmett en se penchant légèrement en avant, prêt à bondir, c’est nouveau ça ! »
Le colosse qui, debout sur ses pattes arrières, faisait face à Edward en le toisant de toute sa masse corpulente, n’avait en effet rien du grand loup que les Cullen connaissaient, que nous connaissions tous.
Jacob avait transmuté -pour la première fois à ma connaissance- en un monstrueux ours, énorme, sombre, et particulièrement menaçant. Si la pièce n’avait pas eu de si vastes dimensions, il n’aurait pas pu s’y mouvoir comme il le faisait. Il fit un pas en direction d’Edward qui ne bougea pas : on pouvait lire sur son visage qu’il s’apprêtait à attaquer en retour dès que l’attitude du Transformateur aurait dépassé les bornes. L’ours rugit à nouveau.
« Non ! Non !, cria Esmé, arrêtez ça, je vous en prie !... Rose, viens, il faut faire sortir Bella d’ici. »
Je regardai le monstrueux animal, j’étais effrayée. Il paraissait tellement dangereux !
« Jake, s’il te plaît, calme-toi, suppliai-je à son adresse.
_ Jacob, avant d’en arriver à réellement tout casser dans cette maison et à blesser quelqu’un, reprends tes esprits et nous pourrons parler calmement. J’aurais plusieurs choses à t’apprendre, si tu voulais bien m’écouter », intervint Edward, en évitant un coup de patte énorme lancé dans sa direction.





Chapitre 20 : Prise de conscience/ Awareness


Esmé et Rosalie m’entraînèrent hors de la pièce. Je tremblais. Jetant un dernier coup d’œil en arrière, je vis cependant que l’ours avait reposé ses quatre pattes au sol. J’espérai que Jake trouverait la force de se contrôler et que l’affrontement ne se poursuivrait pas. J’étais choquée de la violence qui se dégageait de l’animal qu’il était devenu quelques instants plus tôt. Il me faisait peur. Encore une fois, j’étais la cause de sa colère et de la douleur qui en était à l’origine. Moi… mais plus seulement moi, je le comprenais. Jacob m’avait juré qu’il me laisserait libre pour le restant de mes jours lorsque j’étais allée lui parler après l’attaque de Victoria et de ses nouveaux-nés, quand il m’avait demandé de l’épouser. Et maintenant… la situation n’était plus la même. Il avait davantage à défendre que son amour d’homme-loup imprégné de la jeune femme que j’étais. A présent, il y avait autre chose, de bien plus important pour lui, je le sentais. Qu’allais-je faire ? Je ne pouvais pas, je ne voulais pas le faire souffrir encore davantage.
Esmé m’avait fait entrer dans une chambre à la décoration claire et douce. Je m’étais assise au bord du lit, elle s’était installée près de moi et tenait ma main, Rosalie restait debout, appuyée à une commode en bois blond.
« Ne t’inquiète pas, Bella, tout ira bien, souffla Esmé dans un sourire, ils vont s’expliquer. Jacob se contrôle très bien, il a de grandes capacités, il va s’apaiser. »
Je lui rendis son sourire, même si je ne savais plus trop à quoi il pouvait bien me servir de sourire encore. Une seconde plus tard, un fracas nous parvint, légèrement assourdi par la distance et les portes que nous avions refermées derrière nous, immédiatement suivi d’un bruit de verre brisé. Esmé ne parut pas y prendre garde.
« J’ai beau ne l’avoir jamais apprécié, déclara Rosalie, je comprends parfaitement la réaction de Jacob Black. Sérieusement, Bella, tu ne comptes pas… renoncer à ton enfant ? »
Rosalie me regardait à présent, bien en face, son visage parfait figé en une expression dure et froide qui contrastait avec le timbre nerveux de sa voix.
« Non, Rose, répondit Esmé, Bella ne fera pas ça… elle est juste… extrêmement bouleversée. Il faut lui laisser un peu de temps.
_ J’ai peur que nous n’ayons pas de temps, murmurai-je, et je ne veux pas… je ne veux pas qu’il arrive quoi que ce soit à Edward… ou à aucun d’entre vous.
_ Nous savons nous défendre, reprit Rosalie. Nous pouvons te protéger… pendant assez longtemps sans doute… nous pouvons te cacher. »
J’étais surprise par sa réaction. Elle n’avait jamais eu pour moi d’affection particulière. D’ordinaire, seule sa famille lui importait et elle semblait soudain si impliquée ! Je lui avais déjà vu cet air concerné, pourtant, quelques semaines plus tôt, dans mon premier rêve. Je l’avais vue se préoccuper de moi, me soigner, me veiller, parce que j’attendais... Renesmée, mon enfant et celui d’Edward, cette impossible hybride de nos deux natures. Mais dans le monde réel, pourquoi se serait-elle intéressée à la descendance de la simple humaine que j’étais, à celle de Jacob ? De toute évidence, elle méprisait les Transformateurs, ils ne m’avaient jamais semblé être pour elle beaucoup plus que des chiens.
« Rosalie, tu ne devrais pas… te préoccuper de moi, articulai-je, ce qui m’arrive… n’est pas votre affaire.
_ Si Edward pense que c’est la sienne, alors c’est aussi la nôtre, articula-t-elle. Et puis, Bella… tu ne rends pas compte de cette chance que tu as ! Je te giflerais, si je m’écoutais, d’avoir osé penser une seule seconde que tu pourrais choisir de tout abandonner… que tu pourrais choisir la mort ! »
Rosalie se tenait au-dessus de moi, les poings serrés. J’imaginai que la gifle risquait effectivement de partir à tout moment. Elle serait douloureuse, donnée par cette main de statue, mais je la méritais et peut-être m’aiderait-elle à me réveiller de ce cauchemar. La belle vampire blonde soupira longuement puis plia les genoux pour se mettre à ma hauteur. Elle planta son regard de miel dans le mien et prit ma main.
« Bella, tu dois te rendre compte qu’il n’y a rien… rien, tu m’entends ?, de plus important que ça. Que cette vie que tu portes. C’est la seule raison d’exister de tout être. Nous… nous ne sommes que des ombres… absurdes. »
Les paroles de Rosalie m’émurent profondément. Je regardai Esmé. Elle avait tendu la main et caressait l’ovale du visage de sa fille, très tendrement. Nous restâmes ainsi un moment. Rosalie ne lâchait pas ma main, m’observait avec une telle volonté de me persuader, une telle détermination, que je ne pouvais pas détourner les yeux. Aucun bruit ne se faisait plus entendre dans le reste de la maison.

La porte s’ouvrit lentement. Edward pénétra dans la chambre. Il paraissait à nouveau très calme, comme si rien de bien important ne s’était passé.
« Jacob est parti, expliqua-t-il, il y a… un peu de casse. »
Rosalie et Esmé se détachèrent doucement de moi et sortirent. Edward s’assit à mes côtés.
« Carlisle a pu le rassurer. Je lui ai parlé des Volturi et du coup de fil d’Alice, reprit Edward.. Il est allé chez Sam… Il a dit qu’il viendrait te voir, plus tard, dans l’après-midi… je crois qu’il ne va plus te quitter une minute maintenant.
_ Il est effectivement très… encore plus possessif que d’habitude !... depuis qu’il sait.
_ Je peux le comprendre. A sa place…, il s’interrompit,… en fait, je le comprends tout à fait.
_ Son attitude m’inquiète. Il a eu l’air capable d’une telle violence tout à l’heure ! Je ne l’avais jamais vu comme ça.
_ Tu savais qu’il pouvait se changer en autre chose qu’en loup ?, demanda Edward visiblement intrigué.
_ Il m’a montré qu’il pouvait se changer en renard, il y a trois jours, et je n’ai pas eu l’occasion de t’en parler… Il disait que c’était sans intérêt… mais je ne savais pas… Il m’a dit qu’il n’arrivait pas à autre chose. Cet ours était effrayant !
_ Je crois que c’était plutôt un grizzli… mais Emmett n’a pas eu l’air de le trouver à son goût. Il lui a quand même prêté quelques vêtements pour qu’il puisse repartir. »
Malgré mon abattement, je souris.
« Jacob est très doué, avait repris Edward en plissant les yeux.
_ Je sais, acquiesçai-je. Et il a encore beaucoup à découvrir, il me semble. »
Je repensai à l’angoisse qui m’avait oppressée ces dernières semaines. Aux craintes que j’avais eues concernant Jacob à cause des affreuses images des mes rêves.
« Oh, Edward !, m’exclamai-je, je ne veux pas lui faire de mal, je sais bien qu’il a peur que je… ça le tuerait ! Mais, d’un autre côté, je refuse de mettre ta vie en danger, alors, je dois sans doute m’y résoudre… Je ne sais plus quoi faire ! Je devrais peut-être partir, vous seriez mieux sans moi.
_ Ne dis pas de bêtises, Bella !, souffla Edward en m’enlaçant. Et puis ce serait bien inutile, les Volturi te retrouveraient, où que tu sois, et d’autant plus facilement si tu es seule.
_ Il vaudrait mieux que je disparaisse tout à fait, alors… Tu devrais tout simplement me tuer, Edward. Je préfèrerais… que ce soit toi. Tout serait fini, il n’y aurait plus de problème pour personne. »
Edward me considéra avec gravité. Il vit que j’étais sérieuse, que je pesais mes paroles. Il comprit que mon désespoir était total. Alors, son visage prit une expression alarmée.
« Tu ne peux pas envisager une chose pareille, Bella, insista-t-il en me serrant plus fermement, je ne peux pas… ta vie est tout ce qui m’importe… et celle que tu portes également à présent… ce serait monstrueux. Longtemps, j’ai refusé l’idée d’avoir à prendre ton âme en faisant de toi un vampire, je ne pourrais jamais accepter l’idée d’en prendre plusieurs ! Et je ne pourrais pas supporter de te perdre à jamais. »
Je savais qu’il disait la vérité, qu’il parlait avec son cœur. Jamais Edward n’achèverait définitivement ma vie, ni pour sauver la sienne, celle de sa famille ou de qui que ce soit, ni même si je le lui demandais. Les paroles que Rosalie avaient prononcées un moment plus tôt retentirent à mes oreilles : « … Tu pourrais choisir la mort… », avait-elle dit. Bien entendu, ce n’était pas ce que ses mots avaient voulu signifier mais… ils résonnaient à présent dans mon esprit avec un sens nouveau. Sans doute était-ce la solution. C’était certainement la solution. Edward ne pouvait pas suivre le fil de ma réflexion, et c’était mieux ainsi. Il essaya à nouveau de me détendre en me montrant avec humour que ma demande était absurde.
« Tu te rends compte… si je faisais ce que tu me demandes ? Il faudrait ensuite que je tue Jacob, puis toute la meute, et d’autres Quileutes viendraient encore protester sans doute. Trop d’âmes pour moi, je ne me le pardonnerais jamais ! »
Je lui souris, mais il comprit que j’étais profondément triste et que rien ne pourrait plus me détourner de ce sentiment. Je souffrais intensément. Pourtant, au fond de moi, j’étais déterminée.
Comme s’il avait perçu également le néant qui s’ouvrait devant nous, Edward glissa soudain sur le sol et se mit à genoux devant moi, son front appuyé au mien, ses mains enserrant les miennes.
« Bella… je voudrais… Il se peut effectivement que nous disparaissions tous si les Volturi nous condamnent. Ils sont vraiment nombreux et personne ne soutiendra notre cause car nous avons enfreint les lois. Promets-moi… je sais que l’idée te déplaît… mais je voudrais que tu acceptes de m’épouser... avant. »
J’ouvris la bouche pour protester. Je devais lui dire qu’il était insensé, que c’était impossible, que je ne comprenais pas comment il pouvait encore vouloir de moi comme épouse alors que je…
« Ecoute-moi, Bella, poursuivit-il en posant un doigt sur mes lèvres. Si la mort vient pour nous, pour moi, je voudrais qu’elle nous trouve unis. Unis par un serment solennel, dans lequel j’ai foi. Je n’ai pas pu, en cette vie, m’unir à toi, réellement, alors que je l’aurais tant voulu. Alors, je souhaiterais que nos âmes le soient, si jamais il se trouve que j’en aie encore une, je désire véritablement qu’elle soit à toi. Comprends-tu cela ? »
Je fermai les yeux. Je comprenais, oui. C’était la demande d’un condamné.

On frappa doucement à la porte.
« C’est Carlisle », annonça Edward dans un soupir.
Le docteur Cullen entra.
« Je venais voir comment tu te sens, Bella. Esmé est très inquiète.
_ Je me sens… bien, mentis-je. Juste une certaine nausée, régulièrement, mais… c’est normal, je suppose.
_ Oui. Enfin, non. Tu as la nausée parce que ton corps voudrait que tu manges davantage. Il faut le faire. Régulièrement.
_ Ah ? »
J’étais tellement loin de ces préoccupations à présent. Manger, se reposer… A quoi bon ?
« Jacob nous a tous beaucoup impressionnés tout à l’heure, reprit le médecin, c’est tout à fait remarquable… »
Je ne savais pas s’il était sincère ou s’il essayait de se montrer gentil envers Jacob qui devait avoir pourtant saccagé son salon. Le docteur Cullen était néanmoins d’un caractère à s’émerveiller toujours des dons particuliers de chacun et il respectait vraiment les individus. C’était quelqu’un de bien. Quelqu’un qui ne devait pas disparaître. A nouveau, je glissai dans mes obscures pensées.
« Oui, répondis-je machinalement, Jake est impressionnant. Un peu trop, même…
_ Tu devrais te reposer davantage, Bella, poursuivit Carlisle. Je veux te dire… nous sommes tous très heureux, et de manière réellement sincère, de ce qu’il t’arrive. Tu sais que nous respectons la vie, nos choix en sont la conséquence. Elle est un vrai miracle. Nous t’aimons, Bella, et je sais qu’Edward t’aime. Il t’aime au-delà de ce que tu peux envisager… Si tu t’interrogeais à ce sujet, sache que cela ne change rien pour nous, bien au contraire. Nous nous sentons même le devoir de te protéger à présent. »
Les paroles du médecin, si généreuses et bienveillantes, déclenchèrent en moi une nouvelle vague de désespoir mêlé de cuisants remords.
« Vous avez raison, dis-je en me levant, je vais rentrer et me reposer. Je vais manger et… je te verrai ce soir Edward ?
_ Oui, bien sûr. »
Je quittai la villa des Cullen après avoir embrassé Esmé. Elle me serra longuement dans ses bras et, percevant son émotion, je faillis me remettre à pleurer à chaudes larmes. Mais non, à présent je ne pleurerais plus. J’avais enfin compris ce qu’il me restait à faire, je n’aurais plus de larmes.
Rosalie me suivit du regard jusqu’à-ce que j’aie passé la porte. Elle n’avait pas besoin de gestes démonstratifs. Elle m’avait tout dit. En quelques phrases.




J’agissais en somnambule. Charlie n’était pas à la maison. Il ne rentrerait pas avant la fin de la journée, comme à son habitude. J’allais passer la soirée avec lui, je lui cuisinerais quelque chose de bon, il serait content. Il garderait un bon souvenir de nos derniers moments ensemble.
Une nouvelle nausée me vint alors que je réfléchissais à tout cela, debout dans le salon, et je décidai de manger quelque chose, suivant les conseils du docteur Cullen. J’avais besoin de pouvoir continuer à agir et réfléchir sans difficulté supplémentaire. J’envisageais que l’effet serait sans doute pire que ce qu’on m’avait laissé espérer, pourtant, après quelques bouchées, le malaise disparut effectivement.
Je montai ensuite dans ma chambre. Il fallait que je rassemble mes idées, je devais être… efficace. Je voulus écrire à Renée, pour lui dire… quelques petites choses banales, et puis que je l’aimais aussi, je ne le lui avais jamais assez dit. Oh, mon Dieu, je n’allais plus la revoir ! Jamais. Cette idée était affreuse à supporter. J’envisageai le moment où on lui apprendrait la nouvelle. Elle serait effondrée. J’allais encore faire du mal autour de moi. Mais il ne fallait pas que je pense à cela. Ce qui se passerait ensuite ne devait pas me faire fléchir.
Devais-je mettre de l’ordre dans mes affaires ? Je ne possédais pas grand chose. Tout serait vite rassemblé, lorsqu’il le faudrait. Rien de secret à faire disparaître, tout ce qui avait été secret dans ma vie continuerait d’exister après moi, c’était ce que je désirais le plus. Enfin, presque tout. Je m’apprêtais à devenir une meurtrière en quelque sorte… cependant, le fait que je paye ce geste de ma propre vie était la seule chose qui me permettait d’arriver à l’accepter.





Chapitre 21 : Adieux/ Farewell

J’étais plantée devant mon ordinateur, à recommencer pour la dixième fois la même phrase -la seconde- du mail que j’avais décidé d’envoyer à René, lorsque Jacob entra. J’étais heureuse qu’il m’interrompe, je n’arrivais à rien. J’étais contente qu’il soit là aussi, simplement là, même s’il allait me falloir supporter les remarques qu’il pourrait faire ou son comportement un peu trop étouffant. Je le voyais sans doute pour la dernière fois et j’avais du mal à imaginer que nous ne serions plus jamais ensemble.
Il ne dit rien, ne me demanda pas ce que je faisais, ne fit aucun commentaire à propos de la matinée. Il s’approcha de moi et posa ses mains sur mes épaules, puis elles glissèrent en avant et ses bras vinrent se croiser autour des miens, m’entourant tendrement. Son geste contrastait tellement avec la brutalité de l’animal dont il avait pris la forme quelques heures plus tôt !
« Comment vas-tu ?, demanda-t-il en se penchant vers mon oreille.
_ Je vais… Et toi ? Tu ne t’es pas blessé en… détruisant le mobilier chez les Cullen ?, fis-je remarquer un peu amèrement. Tu m’as fait peur, Jacob.
_ Je suis désolée, Bella, j’étais hors de moi…
_ C’est au docteur Cullen qu’il faut dire ça, Jake. Tu n’avais pas besoin de faire une telle démonstration de force.
_ Je le lui ai déjà dit. J’ai… cassé une baie vitrée… mais il ne m’en veut pas, apparemment, et… non, je ne me suis pas blessé. Je ne maîtrisais pas vraiment tout, tu sais.
_ Comment t’es-tu transformé en ours ? Je croyais que tu n’arrivais pas à grand chose.
_ Je n’en sais rien. C’est venu d’un coup. Je crois que j’ai compris le truc. En fait, c’est une question de parenté.
_ Quoi ? »
Jacob alla s’asseoir sur le rebord du lit.
« Je saisis beaucoup de choses maintenant, expliqua-t-il. Nous pouvons nous changer quand nous sommes en phase avec l’esprit de l’animal. Il correspond à certains états, à certaines émotions. Le loup est notre animal d’origine, parce que c’est celui de notre clan. Traditionnellement, il est le totem de la tribu des Quileutes, l’animal-allié de nos légendes. C’est donc celui que les autres appellent en nous quand nous nous transformons pour la première fois. Nous le sentons, et nous réagissons instinctivement. Le loup est pratique quand il s’agit d’agir en groupe, il est naturel, car la meute, c’est notre clan, notre tribu. Nous n’avons jamais eu besoin d’être autre chose. Nous ne savions même pas que c’était possible. Etre loup nous permet de communiquer entre nous par la pensée également, ce qui n’est pas le cas quand on se change en un autre animal. Je crois qui j’y suis arrivé ces derniers temps parce que je suis devenu plus… solitaire ou… individualiste, et que j’ai envisagé la possibilité d’être différent de ce que mon clan pouvait souhaiter. »
J’écoutais Jacob avec attention. Malgré ma peine, apprendre qu’il continuait à découvrir et à maîtriser le don qu’il possédait, qu’il avait trouvé là une nouvelle motivation, me réconfortait.
« Tu dis que l’animal correspond à un état d’esprit ?
_ Oui, tout à fait. Je t’avais dit que le renard me donnait la sensation d’être vif et malin. Il me donne envie de m’amuser…
_ Et l’ours alors ?
_ Je…, il hésita, je me suis senti… très seul… et vraiment très en colère. J’avais l’impression qu’on voulait me voler... me prendre… »
Il s’interrompit. Je compris que ces sensations devaient encore le perturber. J’imaginai que sa nature devait lui faire ressentir les choses d’une manière très différente de la mienne, sans doute beaucoup plus aiguë.
« J’en ai parlé à Seth il y a un moment.
_ Ah ? Et il arrive à transmuter en un autre animal ?
_ Oui, il n’est pas content du tout… il n’arrive qu’à se changer… en chien, pour l’instant. »
Jacob sourit.
« Je ne pense pas que tous les animaux soient compatibles… ce n’est que quand on arrive à se projeter dans l’état d’esprit précis de l’animal, son essence profonde, qu’on peut en adopter la forme. Le loup est vraiment proche de nous autres, par sa nature et son comportement. Je ne pense pas pouvoir un jour épouser l’esprit d’un serpent, par exemple, ou d’un… pingouin. »
Je souris à mon tour. S’il y avait dans le monde de nombreuses choses abominables, il y en avait également de merveilleuses. C’était réellement dommage… dommage pour moi, et pour nous.
Les explications de Jacob m’avaient distraite un moment, mais je sentais que je m’enfonçais à nouveau dans des sables mouvants dont je ne parviendrais plus à me sortir. Je regardai Jake. Il allait vraiment m’en vouloir. Une seconde, j’espérai qu’il me haïrait pour ce que j’aurais fait, ce sentiment l’aiderait à avancer, à poursuivre son existence. Mon regard croisa le sien. Alors je m’aperçus qu’il me regardait également, d’un air préoccupé.
« Je suis allé voir Sam, commença-t-il. Je lui ai parlé de ton dernier rêve, de ce que dit Alice, de l’attitude des Cullen. Il… est un peu agacé par toutes ces histoires de vampires. Il ne voit pas trop pourquoi certains voudraient te tuer si un autre ne le fait pas avant et le punir pour cela. Pour lui, c’est parfaitement absurde. Il pense que nous devons simplement protéger la vie des humains mais il se fiche complètement des règlements de compte entre vampires. Par contre, il ne peut pas accepter que faire de toi l’un d’eux soit considéré comme une solution. Les Cullen redeviendront nos ennemis, si cela se produit. Je peux comprendre son attitude, elle est conforme à nos règles. Il a aussi… d’autres préoccupations en ce moment. »
Je revis Emily et son ventre rond. Je revis leur foyer et le bonheur simple qui s’en dégageait. Je comprenais que Sam veuille éviter tout danger et tout combat, à présent.
« Ne t’inquiète pas, Jake, ça n’arrivera pas. »
Je pouvais rassurer Jacob, ce serait toujours une préoccupation de moins, pour lui, aujourd’hui.
« Tu veux dire… que tu comptes rester humaine, Bella ? »
Je ne lui mentais pas si je répondais par l’affirmative.
« Oui, Jake. Je resterai une humaine. »
Il s’était levé et avait attrapé mon bras. M’obligeant à quitter ma chaise, il m’attira ensuite doucement vers lui et m’assit sur ses genoux. Je vis alors ses yeux se plisser et il tendit le nez. Se penchant vers moi, il huma la peau de mon cou et sourit.
« Il me semble… que tu sens un peu aujourd’hui. C’est léger mais… c’est sucré.
_ Ah ?, fis-je, mais ma tristesse m’empêcha d’ajouter autre chose.
_ Nous te protègerons, Bella, affirma Jacob comme pour me redonner courage, tu ne risques rien avec nous. Tu es plus en sécurité ici que nulle part ailleurs. »
En cela, il avait sans doute raison. Mais, si une lutte s’engageait avec les Volturi, les conséquences seraient évidemment désastreuses. Je devais leur épargner un tel massacre. Tout était de ma faute. Je n’aurais pas dû exister.
« Tu sais, Bella. Je suis vraiment prêt à tout… »
Jacob n’avait pas besoin de le dire, je savais qu’il irait jusqu’au bout s’il le fallait. Je devais faire en sorte que cela n’arrive pas.
Je posai ma main sur sa joue. Elle était très chaude, comme toujours. Je ne devais pas me mettre à pleurer, je devais rester forte et apprécier les derniers instants que nous passions ensemble… avant que Jake me déteste à jamais. Alors je l’embrassai, le plus tendrement que je pus, et je me serrai contre lui. Je ne devais pas m’apitoyer, même si mon cœur cognait douloureusement dans ma poitrine. Je devais rester la plus naturelle possible. Jacob dut, néanmoins, sentir que j’étais émue car il ne dit plus rien. Il me rendit mon baiser avec tout le bonheur de celui qui vient d’obtenir une victoire, puis il me garda simplement entre ses bras, longtemps. Son amour me donnait du courage, et il ne le savait pas.



Quand Charlie rentra, Jake était parti depuis un bon moment. Je lui avais expliqué que j’avais besoin de rester seule, que je comptais cuisiner un peu et c’était ce que j’avais fait. Il ne m’avait pas semblé totalement rassuré, cependant, et je m’attendais à le voir revenir dès le lendemain, ou même à ce qu’il monte la garde, près de la maison, durant la nuit.
Ma soirée serait pour Charlie, ma nuit pour Edward… et ce serait tout.
Charlie fut ravi du repas, et nous discutâmes un peu plus longuement que d’habitude. Il m’expliqua que Billy lui avait présenté Johnny, et que ce dernier cherchait du travail.
« Je pense pouvoir le dépanner, pour un temps, du moins, vu qu’il nous manque quelqu’un pour tout ce qui est administratif depuis qu’une des secrétaires a démissionné. Elle a suivi son mari, en Californie… une vraie opportunité pour eux. Il viendra, demain, pour voir à quoi ressemble le boulot.
_ Pour un temps… ?
_ Oui, je doute que ça l’intéresse, à long terme… il est complètement… surqualifié pour le poste.
_ Ah bon ?
_ Oui, il travaillait à Wall Street, à New York, … un truc dans la gestion informatique... tu te rends compte ?
_ Waouh… »
Un moment, je me demandai comment quelqu’un qui avait vécu à New York -et avait sans doute très bien gagné sa vie- avait pu choisir de venir se perdre à Forks, en abandonnant réellement tout derrière lui, mais Charlie y répondit à ma place.
« Les histoires d’amour… ça peut bouleverser complètement une vie, hein ?... surtout quand ça se termine mal. »
Je soupirai. C’était l’évidence, je ne le savais que trop bien.
Durant toute la soirée, je regardai souvent Charlie, mon père silencieux et discret. Il était un peu sauvage et solitaire, comme moi. Je savais bien qu’il ne s’était jamais remis de sa séparation d’avec René. J’étais persuadée qu’au fond de lui, il l’aimait toujours. Comment avait-il trouvé la force de continuer, seul, après qu’elle soit partie en m’emportant, des années auparavant ? Il y avait tant de choses que nous ne nous étions jamais dites ! Il était trop tard à présent.
Quand il monta se coucher, il déposa un baiser sur mon front.
« Tu n’as pas sommeil ?, demanda-t-il.
_ Oh , je ne vais pas tarder… Je veux faire la vaisselle avant d’aller au lit. J’ai le temps… enfin, je suis en vacances, moi, tu sais. »
Il me sourit. Je remarquais toujours ces petites rides charmantes aux coins de ses yeux, quand il souriait. Charlie aurait pu refaire sa vie, depuis le temps, s’il l’avait voulu. Cette pensée m’emplit à la fois de tristesse et d’admiration. Il était sans doute d’une nature à ne pouvoir aimer qu’une fois. C’était mon cas, me semblait-il également, même s’il m’était assez difficile de pouvoir l’affirmer compte tenu de la situation très particulière qui était la mienne. Mais… il n’y aurait eu personne d’autre, jamais, je le savais. Il n’aurait dû y avoir qu’Edward. Ou bien… il n’y aurait eu que Jacob. Il n’y avait pas d’autre place dans mon cœur et il n’y en aurait jamais eu.

Après avoir fait la vaisselle et rangé quelques petites choses dans le salon, je montai prendre une douche. Je restai longtemps sous l’eau chaude. Je me sentais vide et lasse. Je pouvais percevoir, également, la nouvelle tension qui habitait mon corps, déjà discernable dans mon ventre, ma poitrine. La chaleur de l’eau mordait ma peau, devenue soudain plus sensible, avec davantage d’intensité qu’auparavant. Ces nouvelles sensations, je n’aurais pas l’occasion de les découvrir pleinement, de les apprécier et de m’en émerveiller, comme j’aurais dû le faire… si je l’avais pu.
Je lavai mes cheveux, puis les enveloppai dans une serviette.
Mon mail pour René était resté en suspens. Je savais que je ne parviendrais pas à le finir, alors j’annulai le message. Je ne trouverais rien à dire. Il y avait trop à dire et je n’avais plus de mots.
Comme je retirais la serviette enroulée autour de mes cheveux, je me rendis compte qu’Edward était là, près de la fenêtre ouverte. Il me regardait. C’était toujours tellement étrange, cette façon qu’il avait d’apparaître… comme s’il n’avait jamais cessé d’être là, avec moi. Si lointain de mes pensées profondes pourtant, du cours de ma réflexion, dont il était exclu par une bizarrerie incompréhensible, un hasard, qui avait voulu que je sois la seule à lui rester hermétique. Sa sensibilité extraordinaire lui permettait de comprendre beaucoup de choses pourtant, de ressentir les émotions qui me traversaient, mais il ne savait pas… tout, à chaque instant, il ne saurait jamais. Peut-être les choses avaient-elles été voulues ainsi, peut-être était-ce le destin, justement.
Il s’avança vers moi et me prit dans ses bras. Son parfum envahit mes narines et toute ma peau frissonna. J’aurais voulu qu’il me dise : « Viens, partons dans la nuit, je t’enlève… nous disparaîtrons et personne ne nous retrouvera jamais. Je vais te conduire dans un monde dont moi seul ai la clé… et tu pourras tout oublier. »
Mais c’était un rêve. Notre présent ne nous permettait pas de rêver comme cela. J’étais dans les bras d’un rêve et tout rêve m’était interdit, cependant.
« Tu as passé une bonne soirée ?, susurra le songe à mon oreille.
_ Oui, j’étais avec Charlie, c’était bien.
_ Tu as réfléchi… à ce que je t’ai dit ce matin ? »
Je savais que la question viendrait, que notre discussion de la matinée avait été interrompue et qu’Edward attendait une réaction, mais je ne pensais pas qu’elle viendrait si vite.
Pour toute réponse, je saisis ses mains et l’entraînai vers le lit, sur lequel je m’assis. Edward s’assit à côté de moi, le regard insistant, les lèvres légèrement entrouvertes : il allait reprendre sa phrase d’une seconde à l’autre. Je me penchai vers lui comme on tombe dans le sommeil, doucement, lentement, avec un léger vertige mais avec soulagement. Le sang qui circulait dans mes veines, jusque dans le moindre de mes petits vaisseaux, vibra, frémit, comme s’il voulait... comme s’il se tendait vers Edward. Je n’avais jamais ressenti le phénomène avec autant d’acuité. Ma main se posa sur son cou, je m’avançai plus près, me collai contre lui, et nous nous embrassâmes. C’était comme si de minuscules bulles d’oxygène pétillaient dans ma tête. Je me sentais… réellement différente. Déjà.
Edward emprisonna ma taille dans ses mains froides et m’allongea. Je savais que notre baiser ne durerait pas. J’essayai de le retenir pourtant, quand il se détacha de moi et posa sa tête contre ma poitrine.
« Ne me tente pas, souffla-t-il. »
Mon cœur s’était emballé et il devait à présent battre à son oreille comme un tambour affolé. Je posai mes mains sur ses cheveux, caressai sa joue.
« Je ne te tente pas. Je suis très raisonnable au contraire.
_ Je ne veux pas revenir sur ma décision, assura-t-il, je sais qu’elle est la bonne. Elle est la seule qui puisse me permettre de demeurer… de ne pas devenir définitivement un monstre. C’est le dernier espoir qu’il me reste, la dernière chose au monde qui me permette de ne pas perdre toute considération pour moi-même et mes semblables, qui donne un sens à mon existence ! Et puis… j’ai promis à Jacob que je ne ferai rien pour le moment. »
Les paroles d’Edward m’avaient fait souffrir le martyre, au regard de la résolution que j’avais prise, et les derniers mots qu’il venait de prononcer m’anéantirent tout à fait.
« Tu as promis cela à Jacob ?
_ Oui, ce matin. Quand il a compris que nous voulions la même chose, sa colère l’a quitté. »
Ils avaient toujours voulu la même chose. Ils étaient même capable de s’entendre pour cela. Jusqu’à quel point, d’ailleurs ? Il me semblait que nous avions franchi toutes les limites. Où cela nous mènerait-il encore si ce n’était à la mort ? A quoi bon tout cela ? Comment la vie pouvait-elle être aussi absurde !
En plus de mon désespoir, un sentiment de colère, sinistre et acide, s’insinua en moi.
« Alors… que dis-tu, Bella, demanda Edward pour la troisième fois. Acceptes-tu de m’épouser ?
_ Oh, oui, bien sûr, Edward, répondis-je d’une voix basse, soudain submergée par l’amertume. Je vais t’épouser. Puis… j’épouserai Jacob, comme je le lui ai promis. Nous irons ensuite vivre tous les trois dans une jolie maison, dans les bois. Nous élèverons notre enfant… Il aura une mère humaine, maladroite et déchirée, ainsi que deux pères fabuleux… et capables de s’entretuer à tout moment : l’un, torturé par l’envie constante de boire mon sang, l’autre de m’avoir pour lui seul. Un véritable conte de fées, effectivement ! Comment résister ? »
Je n’avais pas sitôt fini ma phrase, que je regrettai de m’être laissé emporter par le cynisme. J’étais à bout. Edward ne répondit rien, mais il me considéra avec désarroi.
« Oh, pardon Edward ! Je suis… horriblement… épuisée. Tu devrais plutôt me laisser seule… j’ai besoin… d’être seule. Je ne suis pas supportable, je ne me supporte pas moi-même. Il faut que je dorme, que je me repose… »
Mais il continua à me fixer en silence de ses yeux d’or sombre.
Je dus finalement me résoudre à affronter, encore, l’insoutenable vérité que j’avais cherché à occulter durant toute la journée : Edward s’apprêtait à mourir. Il avait accepté l’idée de la mort, pour moi, comme il avait accepté celle que j’aimais Jacob ou que je portais un enfant. Jamais personne ne m’aimerait comme il m’aimait. Je devais être à la hauteur. Au fond de mon cœur et de mon âme, je savais que le geste qu’il me demandait avait du sens.
Alors, toute raison m’abandonna, et toute velléité de lutte. Dans mon esprit, ce fut le désert et le silence. En moi, tout se retira, comme l’aurait fait une extraordinaire vague qui serait repartie en arrière pour ne jamais revenir.
« Edward, je t’épouserai, assurai-je avec gravité, quand tu le voudras. Le plus tôt possible même, ce serait mieux, je crois. »
Le vampire ne répondit rien, mais son regard changea. La couleur de ses yeux s’éclaira imperceptiblement. Il m’embrassa.
J’eus l’impression que mon âme se brisait en mille morceaux : amour, douleur, espoir, désir, souffrance, bonheur, peur… tout me quitta, à cet instant. Tout ce que la vague avait emporté, ou retenu en se retirant, tout fut aspiré quelque part, hors de moi, dans le néant. Il n’y avait plus rien. Les évènements de ma vie étaient finalement parvenus à tout tuer en moi.
« Je te laisse, si tu le veux vraiment, murmura Edward en faisant glisser un de ses doigts de ma pommette à mon menton. Je reviendrai demain. Je vais m’occuper de tout. »
Quelque chose, dans son attitude, me fit comprendre qu’il n’était pas totalement dupe, peut-être, de mon revirement soudain. Mais il était satisfait et disposé à faire ce que je lui avais demandé. S’il avait résolu de rester, invisible, à veiller sur moi pendant la nuit, je ne m’en serais pas aperçue de toute manière.
Je me serrais encore contre lui, comme la feuille morte reste parfois étrangement accrochée à l’arbre, durant tout l’hiver. Puis, je le laissai s’en aller.
C’était fini.

4 commentaires:

  1. toujours aussi bien écrit. on ressent bien la tension qui augmente. il y a beaucoup de personnages et il faut les faire interagir ce n'est pas évident.
    il y a une certaine "réalité" dans cette version. on est loin du flou dans lequel on se perd dans le tome 4; où plus rien n'a de sens (la fameuse conventionX-men, par exemple. j'ai cru halluciner).

    je n'aime Jacob que plus. je le trouve très gentil. même s'il s'énerve. on ressent très bien sa peur de voir bella faire un choix qui supprimerait l'avenir de leur enfant. la vie dans la réserve et ses particularités dans la meute donne une importance plus grande pour lui à la descendance. à sa descendance.

    bonne continuation.

    RépondreSupprimer
  2. Toujours aussi bien et captivant! Encore une fois, j'attend la suite avec impatience. A par ça j'étais une Team Jacob mais la je deviens une Extra Team Jacob! J'aime bcp la profondeur que tu donnes à son personnage, loin de l'adolescent tjs heureux. Il a un coté plus sombre mais il garde tout de même cette gentille et cette bonne humeur qui lui est propre.

    RépondreSupprimer
  3. Juste un truc que je ne comprend pas, peut etre que j'ai loupé quelque chose...
    En quoi le fait que Bella reste humaine et vivante met il la vie des Cullen en danger?
    Dans son rêve elle était la seule attaqué par les Volturis, certe les loups venaient à son secour (sans savoir si elle survivait). Pourquoi ne pas continuer sa grocesse et voir ce qui arrive, au mieux elle aura un beau bébé au pire elle aura ce qu'elle veut "la mort".

    RépondreSupprimer
  4. Toujours un plaisir de lire tes commentaires, Jacobinette. Si je ne m'abuse, le fait que Bella reste humaine met la vie d'Edward en danger car il a promis aux Volturi d'en faire un vampire (suivant leur loi du secret). Dans les livres de S. M. Edward dit qu'avec les Volturi, ils ne peuvent pas savoir de combien de temps ils disposent au juste, le temps n'ayant pas autant d'importance pour les vampires que pour les humains. Cela peut être une année comme plusieurs dizaines, mais la menace est constante. Dans son rêve (celui que j'ai écrit) Jane dit bien à Bella qu'elle mérite d'être punie, ainsi qu'Edward, pour n'avoir pas respecté sa promesse. Maintenant... je ne peux pas t'en dire plus parce que... ça viendra plus tard !

    RépondreSupprimer

Petit message

J'ai remarqué que, malheureusement, Deezer perdait parfois certains morceaux, mais je ne peux pas savoir lesquels... Alors n'hésitez pas à me laisser un petit message lorsque, au cours de votre lecture, vous rencontrez un lien mort dans mes players. Je ferai en sorte de le remplacer. Merci !